dimanche 18 mai 2014

Social et féminisme : Savez vous ce qu'est un contrôle domiciliaire CAF et connaissez vous le concept de "vie maritale"?



IMPORTANT : Pour les allocataires CAF et pour les personnes intéressées par le sujet de près ou de loin, reportez vous à la fin de l'article, il offre de nombreux liens truffés de conseils concrets pour vous préparer, vous défendre et résister.

Note : N'hésitez pas à ouvrir les liens en allant, car pro de l'internet que je suis, ils s'ouvriront dans un autre onglet, hé ouais!

Aujourd'hui, je viens vous parler Caisses des Allocations Familiales (voir lien pour page wiki), droits sociaux et féminisme. J'ai pu constater, en discutant sur le net ou dans la vie, qu'énormément de gens ne connaissaient pas ces choses là, tout simplement car elles n'y avaient jamais eu recours. (et c'est tant mieux, théoriquement cela veut normalement dire qu'elles n'en ont pas eu besoin... en pratique c'est plus compliqué hélas...)
Ainsi, pour être la plus claire possible, voici un petit rappel de ce qu'est la CAF et des prestations qu'elle distribue.

Qu'est ce que la CAF et de quoi s'occupe t-elle? (liste non exhaustive)

La CAF, c'est la Caisse des Allocations Familiales. C'est elle qui distribue (entres autres) :

_ Le RSA
_ L' AAH (allocation adulte handicapé(e) ) (EDIT: erreur, c'est la MDPH)
_ L' APL ou ALS (Aide personnalisée au logement ou Allocation de logement sociale)
_ Les allocations familiales

Je vais m'arrêter un instant sur le RSA et les APL, qui sont objet de toutes sortes de mythes:

Donc, pour une personne seule, le RSA s'élève à 499 euros. MAIS attention, si cette personne seule loue un logement et qu'elle touche donc une APL ou une ALS, ou bien encore, si elle est hébergée à titre gratuit, le montant de son RSA tombe à 439 euros. (donc en gros, la plupart des RSAstes touche 439 euros de RSA/mois.)
Il n'y a pas de montant moyen de l'APL ou de l'ALS pour une personne seule. En province, cela peut tout aussi bien varier de 20 à 200 euros, tout dépend du logement, de la situation de la personne, etc.
Mais bref, en général, l'APL/ALS d'une personne seule en province tourne autour de 150 euros. Soit 439+150 euros pour survivre, égal à un total de 589 euros.

Passons à présent aux couples sans enfants. Alors là, d'un seul coup, on se sait pas trop pourquoi, mais le RSA diminue d'un tiers. Un couple au RSA touche 749 euros, qu'il verra descendre à 629 euros si il loue un logement et use donc de son droit à l'APL ou à l'ALS, ou bien si il est hébergé. (Donc là encore, l'immense majorité de couples touche 629 et non 749 euros.)
Là encore, pas de montant moyen pour l'APL/l'ALS, mais disons qu'en général, un couple qui loue un petit logement en province touche 220 euros d'APL/ALS par mois.
Ce qui nous fait un total de 849 euros pour survivre à deux. (version optimiste)

Pour connaître les montants RSA des personnes seules ou couples avec enfants, reportez vous sur cette page, vous allez voir, c'est vraiment pas mirifique... montant RSA

Le contrôle domiciliaire CAF, qu'est ce que c'est?

Comme vous le savez peut être, l'ennemi public numéro 1 de la France, c'est le 1% de la population qui monopolise et confique toutes les richesses le fraudeur de prestations sociales.
Pour lutter contre cette hérésie, la CAF a mis en place des contrôles de plusieurs types, dont le contrôle domiciliaire. Ces contrôles divers connaissent une croissance exponentielle assez incroyable depuis plusieurs années. A se demander si la CAF n'use pas plus d'énergie à faire la chasse aux éventuel(le)s irrégulier(e)s plutôt qu'à gérer les affaires sociales et familiales de la France...
Mais revenons en au contrôle domiciliaire : En gros, cela consiste à vous envoyer un(e) contrôleu(r)se chez vous, qui va venir vérifier que vous vivez bien seul(e) et que vous ne vous trouvez pas en situation de "vie maritale". Ou bien de venir contrôler que vous vivez bien là où vous le déclarez. Ou encore, que vous êtes bien un parent isolé(e) qui n'a pas un nouveau ou une nouvelle petit(e) ami(e) qui traîne souvent dans le coin. Bref, vous envoyer un(e) contrlôleu(r)se qui va venir vérifier que vous êtes bien autant dans la misère et l'exclusion que vous ne le déclarez, et que vous n'avez pas de la famille ou des amis susceptibles d'être un peu trop solidaires avec vous.

Le gros souci, c'est que pour effectuer ces contrôles, la CAF ne cesse de violer la loi, et c'est le règne de l'arbitraire.

La "vie maritale", un concept arbitraire et illégal:

Car en effet, en France, il n'existe pas légalement de statut de "vie maritale". Soit vous êtes pacsé(e), soit vous êtes marié(e), soit vous êtes célibataire, point final.
Mais pour la CAF, il suffit qu'un homme et une femme partage le même toit pour être considérés comme vivant en "vie maritale", et donc considérés comme étant des fraudeurs (puisque touchant chacun un RSA personne seule et non un RSA couple réduit de plus d'un tiers...)

Quelques exemples ubuesques :
_ Le premier, c'est bien sûr la colocation. Pour la CAF, un homme et une femme* en colocation peuvent se retrouver en un rien de temps comme considérés en "vie maritale", et donc considérés comme des fraudeurs.
_ Vous êtes une femme et vous vivez chez votre oncle* qui vous héberge gentiment parce que vous êtes dans la merde en ce moment. Paf, contrôle domiciliaire, vie maritale, fraudeurs.(ceci n'est PAS une histoire inventée)
_ Vous êtes une femme (seule ou avec des enfants), et depuis quelques temps maintenant, vous voyez un homme*. Cet homme dort souvent chez vous, mais vous ne savez pas où vous allez, quel sera votre avenir. Vous n'avez jamais pensé une seconde qu'une relation informelle de ce type pouvait regarder la CAF. Pourtant un jour, contrôle domiciliaire, et PAF, fraudeurs.
_ Vous êtes une femme, ou un homme, et un jour, vous avez dépanné(e) un(e) pote en galère du sexe opposé(e)* en le ou la laissant crécher chez vous et en le ou la laissant utiliser votre adresse postale pour -par exemple- sa boîte d'intérim (car il faut absolument fournir une adresse pour pouvoir travailler, et il faut très généralement travailler pour avoir une adresse : gné), et ce pendant quelques mois. Quand un jour, PAF, contrôle domiciliaire de la CAF, vie maritale, fraudeurs.

* Notez que la CAF, clairement homophobe, ne fait généralement ce genre de conclusions qu'avec des duos femme/homme, mais ceci est en train de doucement changer...

Mais être considéré fraudeu(r)se à la CAF, ça implique quoi exactement?

Et bien si la CAF estime que vous êtes un fraudeur ou une fraudeuse, cela implique purement et simplement que d'une part, elle vous radie (parfois pour plusieurs années), et donc vous coupe de vos droits sociaux, et que d'une autre, elle vous réclame un trop perçu. 
Les parents (isolés ou non) se retrouvent donc également privés d'aides à la cantine ou aux sorties scolaires, car bien souvent, ces aides sont conditionnées à la présentation d'une attestation de prestations CAF.
vous n'avez plus de droits à l'aide alimentaire.
bref, plus le droit à rien.
Alors qu'à la base, vous étiez au RSA, donc déjà dans la merde.
Il est possible de contester la décision de la CAF et de déposer un recours, mais ces recours prennent des mois et des mois, quand ce ne sont pas des années, mois et mois ou années durant lesquel(le)s le revenu dont vous dépendiez pour survivre vous est coupé. (Et encore faut il pouvoir faire le recours, parce qu'évidemment c'est pas gratuit...)

Du pain béni pour les employeurs précaires et l'économie parallèle...

Evidemment, ces situations de privations de droits sociaux sont du pain béni pour les employeurs précaires et maltraitants, (Quelle meilleure main d'oeuvre que celle qui n'a le droit à rien, est complètement vulnérable et paniquée, et surtout coincée sans aucun autre choix, hum?) mais pas seulement. Car trouver un employeur précaire et maltraitant, c'est même pas garantit de nos jours.
Non, c'est aussi une voie directe vers l'économie parallèle, telle que la prostitution, la petite délinquance, le petit recel, le deal de drogues, et pourquoi pas une petite plongée dans la toxicomanie pour mettre en place une stratégie de survie face à ce cauchemar qui n'était pas déjà un doux rêve à la base. Un cauchemar qui peut vite finir par la case prison...
Je vois d'ici les maraude de la Croix Rouge (et autres) venir vous expliquer, alors que vous êtes à la rue en train de crever de froid et de trouille, que vous avez des droits sociaux et que tout va s'arranger, et vous de répondre que c'est mort, car à chaque redemande, on vous répond "d'après notre contrôle du tant, vous êtes en vie maritale avec monsieur/madame x et avez fraudé", et qu'en plus, vous avez une dette de 15 000 euros de "trop perçu" à leur payer...

Centre d'appels Orange, plus de 20 suicides en deux ans. Des centres d'appels comme tant d'autres, sur le podium des emplois précaires...

Des contrôles ciblés

La CAF le dit elle même, ses contrôles sont ciblés.
Pour commencer, la CAF a bien sûr accès à toute votre vie : déclaration d'impôts (vous avez prêté votre adresse à un(e) pote à une époque alors que vous étiez allocataire? Attention, ça craint), banque, bailleur...
Cet accès lui permet de croiser diverses données (fiches d'impôts, pôle emploi, CPAM...) qui peuvent vous faire plonger si vous avez eu un jour l'outrecuidance de faire preuve de solidarité, car la CAF recoupe ces infos régulièrement.
Et elle n'hésite pas non plus à enquêter, par exemple en téléphonant à votre banquier pour savoir si vous avez reçu des virements de votre famille dans les derniers mois, ou en appelant votre bailleur pour lui demander si vous vivez à deux alors que vous êtes déclaré(e) seul(e) sur votre bail. Sans parler des études de voisinage durant lesquelles des agent(e)s posent des questions sur votre vie privée à vos voisins d'en face et vos voisins de pallier...

Par ailleurs, il est assez facile d'imaginer quelles genres de "cibles" la CAF préfère, même si lorsqu'elle s'exprime sur le sujet, elle détourne habilement la question : femmes seules, mères isolées, et évidemment, porteurs et porteuses de noms à consonance pas bien de chez nous. On peut aussi imaginer (et constater sur le terrain en rencontrant directement les allocataires surtout) qu'elle aime particulièrement contrôler les bénéficiaires du RSA de longue durée. En fait, toutes les personnes les plus vulnérables, précaires, et surtout, impressionnables et ayant un très fort sentiment d'illégitimité. 

Foutre la trouille pour tuer la solidarité 

Avec son système bien rodé de chasse aux allocataires qui, rappelons le, ne touchent même pas le seuil de pauvreté  (de 814 à 977 euros selon la définition pour une personne seule), la CAF instaure la peur pour encourager le chacun pour soi et décourager la solidarité.
Car c'est souvent par là que tout commence : par solidarité, vous avez hébergé un pote, vous lui avez prêté votre adresse alors qu'il ou elle était sans domicile fixe pour qu'il ou elle puisse prendre un boulot, vous avez demandé secours à un(e) ami(e) pour qu'elle fasse cette même chose pour vous, vous avez prêté votre nom pour l'assurance d'un(e) ami(e) ou d'un parent, etc.
La CAF traque aussi les petites aides financières que peuvent vous donner familles et ami(e)s en épluchant vos comptes et en faisant des calculs arbitraires.
La solidarité est alors tuée dans l'oeuf, tous flippé(e)s que nous sommes de finir radié(e)s, rayé(e)s, encore plus exclu(e)s. La solidarité devient un risque, mettant le libéralisme en pleine jouissance, et les plus précaires, pauvres et miséreux dans la peur et la solitude.
Toute tentative d'organisation auto-gérée est découragée, avec cette impression diffuse que c'est quelque chose de mauvais, d'illégal et d'interdit.

Surtout, ne cédez pas! Si vous avez la chance d'avoir un collectif de précaires près de chez vous, essayez d'y participer d'une façon ou d'une autre, ne restez pas isolé(e)! Notre meilleure défense, c'est l'organisation et la solidarité. Même si vous n'avez encore jamais rencontré de problèmes avec ces diverses institutions, sachez que la machine s'enraye très vite et que cela peut vous tomber sur le coin du nez très facilement. 

C'est tout de suite plus impressionnant...

Comme une odeur de patriarcat

Comme je le disais plus haut, la CAF cible ses contrôles, en grande partie sur les femmes seules et les mères isolées.
Ce que la CAF recherche, ce sont par exemple des femmes qui toucheraient leur RSA tout en ayant un(e) ou des compagn(es)ons. Ou bien des mères isolées qui doucement, recommencent à s'attacher à quelqu'un(e) d'autre.
Ce que la CAF recherche, ce sont surtout des femmes qui refusent d'être dépendantes d'un homme tant qu'elles n'en auront pas fait le voeux officiellement et légalement par le biais du Pacs ou du mariage. 
Car qu'est ce qui justifie et oblige une solidarité financière entre un couple tant que celui ci n'est pas marié ou pacsé?
Et bien rien. Absolument rien.

La France se gausse de mettre les droits des femmes au premier rang de ses préoccupations, et pourtant son système d'aide sociale basé sur l'arbitraire et l'ubuesque (on peut vous déclarer fraudeur ou fraudeuse à la CAF pour vie maritale supposée alors que vous restez "célibataire" sur votre feuille d'impôts) est construit de telle sorte que toutes femmes partageant la vie d'un homme de façon plus ou moins épisodique et sans forme de solidarité financière engagée se trouve en situation de se faire sauter son revenu de survie et d'indépendance (aussi relative puisse t-elle être).
Alors vous allez me dire, "les hommes aussi, blablabla". Oui, les hommes aussi. Sauf qu'ils sont beaucoup moins ciblés par les contrôles CAF, beaucoup moins concernés par les boulots précaires (en France, les femmes représentent 80% des salarié(e)s à temps partiels, 61% des salarié(e)s peu qualifié(e)s, 78% des employé(e)s non qualifié(e)s, et sur les 3,7% de travailleurs/euses pauvres, 70% sont des femmes.)  
Mais oui, c'est vrai, ce système demande aux hommes d'assumer leur rôle de "chef de famille" ayant compagne et enfants à sa charge financière. Cela engendre irrémédiablement une situation de dépendance dans les couples hétéros, et cette situation est soutenue et même organisée systémiquement. 
Mais le patriarcat, c'est plus chez nous qu'on vous dit, c'est loin là bas où les gens sont des sauvages.

Dans un pays où les femmes occupent les statuts les plus précaires, où 9 femmes sont violées par heures (soit 205 par jours), où une femme meurt sous les coups de son compagnon ou ex compagnon tous les 2,5 jours, comment un système social digne de ce nom peut couper aux femmes toute forme d'indépendance, et ce alors qu'elle n'a prit aucun engagement de solidarité avec un(e) partenaire? (engagement de solidarité qu'à titre personnel, je trouve contestable quoiqu'il advienne, mais bref)
Leur laisser la possibilité d'avoir le CHOIX de rester avec un compagnon ou non, leur laisser la possibilité de partir très rapidement en cas de violences physiques, psychiques et/ou sexuelles, leur laisser tout simplement une forme d'indépendance, voila ce que devrait assurer un système social digne de ce nom!

Arbitraire et confusion : deux piliers sur lesquels reposent notre système social 

Mais en fait, comment fait on pour se mettre en situation de régularité avec la CAF?
Doit on la prévenir dès qu'un homme (ou une femme) entre dans notre vie, et pareillement dès qu'il ou elle en sort? Même pour une histoire qui dure quelques semaines ou quelques mois?
Doit on la prévenir qu'on a plusieurs amant(e)s?
Doit on la prévenir de notre orientation sexuelle?
Doit on préciser si on baise ou non?

Et si l'on comprend largement l'acharnement de la CAF à trouver des "vies maritales" partout (ben oui, ça fait un RSA réduit de plus d'un tiers, et surtout, des allocataires radié(e)s pour des années!), on imagine toutes les difficultés de la Terre que cela réclame de démontrer à la CAF que l'on est plus en couple. (En fait pour ça, on avait inventé des statuts tels que le PACS ou le mariage, mais comme la CAF s'assoit dessus...)




Un smic et un RSA? Bon dieu mais vous êtes trop riches pour être aidés!

Comme me le disait avec ironie la twitta Beth_Grrr : "Un SMIC et un RSA? Attend, mais vous êtes trop riches pour recevoir des aides!"
Un SMIC, c'est 1128 euros net/mois, à temps complet bien sûr. Un RSA, c'est généralement 439 euros. Ce qui nous fait à peu près 1567 euros pour un couple dont l'un travaillerait au SMIC et dont l'autre pourrait garder son RSA.
1567 euros, à l'heure actuelle et pour deux personnes, c'est un revenu qui n'a rien de mirobolant. C'est un revenu qui permet de payer le loyer, le téléphone et les charges. C'est un revenu qui permet d'aller jusqu'au bout du mois en faisant bien attention, qui permet d'avancer quelques frais en cas de soins et de payer quelques dépassements d'honoraires de temps en temps. C'est un revenu qui permet d'acheter des vêtements et des chaussures quand les saisons changent, et encore en général ça se fera d'un mois sur l'autre. C'est un revenu qui permet de ne pas s'endetter ou se surendetter (enfin pardon, je dis ça comme si il était question de prendre un crédit, mais comme le gagnant du SMIC a de grandes chances d'être intérimaire, je parlais plutôt d'éviter les impayés qui s'accumulent), d'être un minimum solidaire avec les autres. En fait, c'est un revenu qui dépasse à peine le seuil de pauvreté pour deux personnes...

A l'heure actuelle, si un couple même non marié et non pacsé se déclare en "vie maritale" à la CAF, lorsque l'un des deux gagne un SMIC, le RSA de l'autre saute.
Dans un couple hétéro, statistiquement, il y a de grandes chances que ce soit l'homme qui gagne le SMIC, mettant alors la femme en situation de totale dépendance. Et cela fait passer le couple à un revenu de 1128 euros par mois pour survivre. Ce qui s'avère être largement en dessous du seuil de pauvreté pour deux personnes. Et ce qui ouvre là encore la voie directe vers l'endettement/surendettement. (Même remarque sur la question que ci dessus). Et ce qui là encore, fait le beurre d'employeurs précaires et maltraitants, et des activités d'économies parallèles.

Qu'il soit clairement question d'injustices et d'erreurs profondes (lorsque la CAF impose la vie maritale à deux colocataires, un oncle et une nièce, un pote qui a prêté son canapé et son adresse 6 mois) ou d'abus illégaux en déclarant comme engagé(e)s à subvenir au besoin matériels de l'autre un couple ni marié ni pacsé (mais d'ailleurs, si vous voulez mon avis, ces engagements ne devraient pas couper l'indépendance de l'autre quand même. Je pense par exemple aux parents d'une copine dont la père touche un SMIC et dont la mère n'a de fait pas le droit au RSA. Elle est complètement dépendante de son mari, ils ont des revenus ridicules, ont travaillé toutes leurs vies, tout ça pour...une vie de misère), les contrôles domiciliaires CAF ne sont rien d'autre qu'une chasse aux pauvres, et surtout l'instauration d'un climat d'angoisse, de peur et de culpabilité.

Et pourtant, quand on y pense, l'argent que la CAF dépense pour contrôler ses allocataires et se comporter en parfait flic plutôt qu'en réel service social est nettement plus important que ce que lui coûterait le fait de laisser leur RSA aux gens déclaré(e)s célibataire, point barre.
D'autant plus que le budget alloué au RSA est excédentaire en France...

Petits rappels utiles

_ Vous trouverez ici le bulletin des impôts qui déclare noir sur blanc que le RSA est financé par une taxe de 2% sur "les revenus du patrimoine" et "les produits de placement" des ultra riches. Gardez le en tête pour le prochain ou la prochaine qui vous sortira l'habituelle "ces parasites aux RSA qui vivent mieux que nous à larver devant la télé avec MON argent, parce que c'est MOI qui cotise pour eux en plus!!"
_ Vous trouverez ici une note explicative sur la taxe d'habitation et la redevance télé, pareil, à sortir au prochain plouc qui vous parlera de "parasite qui passe sa journée devant la télé alors qu'il ne paye même pas la redevance!"
_ Rappelez vous que le budget RSA est excédentaire à hauteur de 1 milliard d'euros! Et ça, c'est un calcul dans l'hypothèse où tous les bénéficiaires demanderaient leurs droits!
_ Mais ça, ce n'est pas du tout le cas! En réalité, les non recours à l'aide sociale sont un phénomène bien plus important que la fraude sociale! Environ 50% des personnes qui auraient le droit au RSA socle ne le demande pas, et pour le RSA activité, cela monte à 68%! Le total de ces non recours? 5 milliards d'euros! De même que l'aide à l'acquisition d'une complémentaire santé ou le recours à la CMU montent à un taux de non recours de 70%! On dépasse ici le milliard d'euros! Sans parler de tous les non recours aux tarifs sociaux électricité, téléphone ou gaz... Et les 4,7 milliards de non recours pour les prestations logement ou famille!
Calculons rapidement donc : nous avons un budget excédentaire de base d'1milliard d'euros, ajoutons à cela 5 milliards d'euros de non recours RSA, puis encore 1 milliard d'euros de non recours aux aides aux soins, et enfin les 4,7 milliards de non recours aux prestations familiales et logement. soit un total de 11,7 milliards d'euros d' excédent de budget et des millions de non recours!
Où passe cet argent? Pourquoi ne l'utilisons nous pas pour rechercher les ayants droits qui sont dans le non recours? Pourquoi préfère t-on le dépenser dans des contrôleurs qui font la chasse aux pseudos fraudeurs? Et surtout, pourquoi on augmente pas le RSA?? Et pourquoi on communique en chargeant à mort le stigma anti pauvres? Pourquoi ces informations ne sont elles pas plus visibles et communiquées?
_ La fraude aux prestations sociales est évaluée à 4 milliards d'euros. Soit un tiers
de l'excédent du budget alloué aux prestations sociales (estimé à 11,7 milliards d'euros, pour rappel).
_ Coté employeurs, on compte 16 milliards de fraudes aux cotisations sociales, et surtout, 25 milliards d'évasion fiscale. VINGTS-CINQ MILLIARDS.
_ Ici, le démentèlement de la longue liste des idées fausses concernant les prestations sociales et la solidarité par ATD quart monde.

Sérieusement : Où passe cet argent?

Laissons place aux spécialistes!

Si le sujet vous intéresse, que vous voulez aller plus loin, et surtout, si vous êtes allocataire de la CAF, de Pole Emploi, de la CPAM ou de n'importe quelle administration, foncez lire :

Le blog des CAF-ards, absolument ESSENTIEL.
Réseau solidaires d'allocataires Val d'Oise : Contrôle CAF, vie maritale supposée et mort sociale avérée. (à lire ABSOLUMENT)
Réseau solidaires d'allocataires Val d'Oise : Contrôle Caf, comment se défendre et résister?
Paris Luttes : Organisons nous face aux contrôleurs domiciliaires CAF!
A écouter, par les CAFards : N'avoue Jamais

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Quoiqu'il en soit, pour ma part, j'ai ajouté à la longue liste des métiers que je conspue le plus : "contrôleurs/euses CAF".

Signé : Une fille méchante qui ne reconnaît même pas la super gentillesse de l'Etat d'allouer la moitié d'un seuil de pauvreté pour survivre aux pauvres de son pays. (et encore, pas tous...)

lundi 5 août 2013

Impunité, laxisme, et autres délires sécuritaires : des discours et des actes qui ne tiennent pas debout et qu'il est urgent de changer.

Samedi nuit dernier, j'étais tranquillement installée à faire des essais de nail art aux cotés de mon chat ronronnant, quand soudain....*jingle psycho d'Hitchcock*

LA TELEVISION!

"Il faut que les méchants policiers puissent faire leur travail"

C'était un genre de best of de l'émission de Laurent Ruquier "On n'est pas couché". Des images datant de quelques mois, Guy Bedos pour la promo de son livre "J'ai fait un rève" comme invité.
Ce dernier à peine installé dans son fauteuil que déjà quelques blagues légères en apparence fusaient et posaient le consensus : nous avions ici à faire à un véritable homme de gôche, un pur et dur. Enfin point trop n'en faut quand même, très vite, celui ci précisa avec une certaine vigueur ne pas adhérer "aux extrêmes à la Mélenchon".
Je comprends rapidement que le livre que Bedos vient promouvoir consiste à dépeindre un rêve de société (d'où le titre "j'ai fait un rêve"), un rêve dont il estime qu'on est bien loin, ce qu'il va chercher à illustrer à travers divers exemples de ce qui cloche chez nous. Bref, c'est pas le truc qui va révolutionner le monde, ça sent un peu le narcissisme et le déjà lu 8000 fois, mais bon, écrire un bouquin de ce genre quand on est connu, ça se fait beaucoup. Je ne sais pas tellement si c'est bien ou non, surement un peu les deux, mais de toute façon, ce n'est pas le problème ici.

Très vite, la tablée s'est concentrée sur un passage bien précis du livre où il était question des difficultés d'étudier en "quartiers difficiles", et surtout des violences policières.
On pouvait entre autre y lire l'habituelle référence à Victor Hugo ("Ouvrez une école, fermez une prison"), la dénonciation de la peur des flics même quand on a rien à se reprocher, et le pointage des harcèlements policiers sur certaines parties de la population. Un truc un peu bateau dans la forme, certes, car déjà récité avec les exacts mêmes mots et références par divers autres politiciens de gôôôôôche, mais finalement ça n'enlevait rien à la véracité et au coté problématique des faits dénoncés.
Et alors forcément, ça a été directement le festival :
"Angélisme", "utopiste", "Vous essayez de nous faire pleurer", "ça ne vaut pas mieux que ces discours d'antiracistes d'opérette", "c'est du populisme", "vous êtes manichéen"...
Voila. Ca ne loupe jamais. Dès qu'il est question de justice sociale, de violences policières et de système de domination, c'est toujours le même refrain. 

Bedos s'est mit à répondre aux critiques avec plus ou moins de pertinence. Et puis il y a eu ce moment précis. Celui qui m'a fait bondir et qui fait qu'aujourd'hui, je me retrouve carrément à rédiger un article sur mon blog pour extérioriser ma colère.
En gros ça donnait Bedos qui explicitait pourquoi, de son point de vue, c'était difficile d'étudier dans les "quartiers difficiles". Genre "Quand on rentre de l'école et qu'il y a un boucan pas possible, c'est difficile d'apprendre ses leçons! Et puis quand on a juste à faire le guetteur pour toucher une centaine d'euros par jours, où voulez vous trouver la motivation!"
A cela, Natacha Polony répondit alors : (à lire avec un ton sarcastique de donneur de leçon) "Ha bah oui mais pour régler ça, hé bien il faut que les méchants policiers puissent faire leur travail et qu'on arrête de traiter ces jeunes en victimes!" 

Spectre du laxisme et mythe de la dureté de peine dissuasive...

Finalement, la dialogue entre ces deux protagonistes avait quelque chose de surréaliste. L''un comme l'autre n'avait aucune idée de ce dont il parlait. Chez Bedos, on affirme qu'on peut se faire 100 boules par jours en guettant pour des organisations de dealers, le truc complètement granguignolesque pour peu qu'on connaisse un minimum le terrain et quelques basiques réalités du commerce de drogues en France.
Chez Polony, encore plus savoureux, on apprend que les gentils policiers, bah on les laisse pas faire leur gentil travail, (Alors je ne sais pas trop qui est "on", je suppose que c'est d'une part l'Etat gauchiste qui considère ses délinquants-criminels comme des victimes, et d'une autre une bande de jeunes de quartiers sanguinaires) alors que c'est LA solution aux problèmes de délinquance.
Et chez l'un comme l'autre, cette indécence coutumière à discuter entre privilégiés de ce que sont les vrais problèmes et les vraies solutions des opprimés.

Mais bref, je m'égare.
Il parait donc que la police ne peut pas faire son travail. (= mettre des gens en prison et coller des prunes) Zones de non droit, impunité, toussa, on connaît la chanson depuis le temps. Car évidemment, cette phrase de Mme Polony n'est qu'un exemple que j'utilise comme point de départ. Le mythe de la justice laxiste, de la police qui ne peut pas travailler et de ces jeunes sauvages qui ont des années de prison à faire mais qui n'y vont jamais, c'est un grand classique qui date de plusieurs années. 
Sauf que.
Si je ne m'abuse, nous venons de battre un triste record en France, à savoir celui du nombre de personnes incarcérées dans le pays 
Ce qui démontre avec brio dans quel pays laxiste nous vivons n'est ce pas?
Un autre argument qui revient très souvent, c'est qu'on ne punit pas assez sévèrement, ce qui entraîne des passages à l'acte et des récidives. 
Sauf qu' on ne note pas de baisse particulière des crimes et des délits durant le mandat de Nicolas Sarkozy, et ce malgré les nombreuses lois sécuritaires qu'il a promues. En fait, seuls les chiffres concernant les atteintes aux biens ont connu une légère baisse (à peu près -6%) qui s'est particulièrement traduite entre 2010 et 2011. Cela dit, de nombreux facteurs peuvent expliquer cette baisse, parmi lesquels un meilleur équipement des particuliers contre les cambriolages, et surtout un meilleur équipement antivol sur les voitures.


Concernant les récidives, la démonstration s'avère encore plus consternante, puisque depuis la mise en place du dispositif des peines planchers, la récidive a globalement... augmenté. => Voir cette excellente infographie de Rue89 + l'excellent article qui la suit pour sources.
Je ne peux pas m'empêcher non plus de rappeler que la France fait partie des pays d'Europe dont la législation au sujet des stupéfiants est la plus dure. (concernant le lien : il est question de cannabis mais la France ne différencie pas, en tout cas en matière de droit, cannabis et autres stups.) Et c'est aussi le pays d' Europe qui détient le record de consommateurs de drogues...

Impunité : le grand fantasme des peines non effectuées...

Quant à cette histoire d'impunité et de peines de prison que les gens ne feraient pas, alors là je dois bien dire que c'est un truc que je ne comprends pas. Autour de moi, j'en ai vu des gens se prendre du placard, et par là je veux dire que j'en ai vu BEAUCOUP. Ils y sont TOUS allés, que ce soit pour le vol d'un paquet de Michoko, des faits de violences, des infractions au code de la route ou à la législation stups, etc etc.
On a beaucoup secoué ce chiffre de 82 000, soit celui des peines de prison ferme non exécutées dans le pays. Tout de suite ça a été le grand déballage, et que de toute façon c'est trop la fête dans ce pays laxiste etc... Sauf qu'en substance, ce chiffre ne veut pas dire grand chose. Déjà, on ne sait même pas à quel laps de temps il correspond. Ensuite, il ne faut pas omettre qu'on peut être jugé en étant absent de son procès. En cela, il y a donc un certain pourcentage de condamnés qu'on ne retrouve pas au moment où ils doivent effectuer leurs peines. (+ de précisions dans cet article)
"Amusant" par ailleurs que l'opinion soit directement partie sur l'idée que parmi ces 82 000 (sur quoi? 5 ans? 10 ans?) ne se trouvaient pour ainsi dire que des jeunes de quartiers sanguinaires et tout-puissants (rapport qu'ils ne sont jamais punis, donc.). Il a été très peu soulevé qu'il pouvait AUSSI (et en fait, SURTOUT) être question de ce que l'on appelle des "délinquants en col blanc", ou encore des mis en cause par rapport aux droits du travail ou à la législation commerciale, enfin ce genre de choses quoi. Pourtant c'est ce qui serait le plus logique dans la mesure où ces faits là ne connaissent que rarement la comparution immédiate et/ou la préventive.

La police, ce gentil groupe armé et légitime qui n'arrive pas à s'imposer pour pouvoir faire son travail...

Enfin j'en reviens à cette histoire de police qui ne pourrait pas faire son travail dans les quartiers. Là dessus je ne sais pas vraiment où et comment trouver des sources, alors j'ai simplement envie de partager mon expérience.
Déjà en parlant de cette année où j'avais travaillé dans un centre de loisirs et d'accueil après l'école au coeur d'un des quartiers considérés comme les plus sensibles de ma ville.(env 200 000 habitants/zone de sécurité prioritaire) On s'y occupait d'enfants de 4 à 14 ans.
Ces gamins, ils avaient presque tous des anecdotes à raconter au sujet de la police. Comme ce jour où ils ont débarqué mode robocop dans les jeux pour enfants afin d'attraper quelqu'un. Ou cette histoire de porte défoncée par des flics et leurs gros chiens à 6 heures du matin, mais en fait c'était pas la bonne porte. ("Et ils ne l'ont même pas réparée en plus!") Et puis il y avait aussi des histoires plus personnelles, des histoires d'êtres arrachés, et l'incompréhension. Comment ils sont venus chercher le frère, le père, comme ils parlaient mal, même à eux, et la mère qui pleurait.
Pour ces jeunes, la police, c'est celle par qui le mal et la détresse arrive.C'est troublant d'entendre ces mots là dans la bouche d'un jeune enfant, vraiment.
Egalement, je peux me faire le relais des voix de mon copain et de ses potes. Eux aussi ont grandit dans les quartiers considérés comme les plus sensibles de ma ville. Et eux aussi parlent d'une police violente, méprisante, irrespectueuse, qui se montre avant tout suspicieuse lorsque vous lui demandez secours (d'ailleurs c'est quelque chose qui ne se fait pas vraiment), qui se contrefout de faire peur aux tous petits et dont la menace et les violences sont les principales méthodes de travail. Bon, rien de bien nouveau sous le soleil en fait.
Juste qu'en tous cas, cette police, elle est présente et bien présente. (Après, c'est peut être différent dans Paris et sa banlieue, je veux bien l'accorder, sur ce coup là je n'ai pas les connaissances nécessaires pour en juger.)


A se taper la tête contre les murs...

Comment peut- on encore user de l'argument du laxisme alors que nos prisons sont bourrées à craquer? (+ de 10 000 personnes détenues en + de ce que les capacités des prisons permettent) Je ne comprends pas. Vraiment, je ne comprends pas.
Je comprends encore moins que l'on bloque encore sur l'idée du durcissement des lois et des peines comme solution crédible et viable pour lutter contre la délinquance. C'est à se taper la tête contre les murs en fait.
Les contres exemples s'entassent, les faits parlent d'eux même, mais non.
Et puis sérieusement, quel sens ça a de parler de "durcissement de peine" au regard des conditions de détentions actuelles? Humiliations, privations, violences, menaces, bafouement des droits fondamentaux, vie privé zéro, enfermement, j'en passe et pas des moindres. Mais non, faudrait que ce soit encore plus dur, là ça ne l'est pas assez pour être dissuasif. OK.

En fait, je suis en colère. Pour changer donc.
Je suis super en colère d'entendre ces discours être relayés et considérés comme le versant "raisonnable" de la question.
Ce qui était d'ailleurs exactement l'attitude de Mme Polony cette nuit où je suis tombée sur sa grandiose intervention : elle se faisait "voix de la raison" face à cet urluberlu qui laissait entendre que le tout sécuritaire actuel n'était peut être pas la panacée.
C'est donc raisonnable de s'entêter dans un système qui non seulement ne fait pas ses preuves, mais qui en plus s'avère contre productif à bien des égards. Ok, je note.
Je suis en colère car chaque fois qu'un(e) politique, un(e) chroniqueu(r)se, un(e) journaliste ou autre du genre tient des discours et des postures de cet acabit, c'est comme un crachat en pleine gueule pour toutes celles et tous ceux qui font partie des groupes sociaux harcelés par les forces de l'ordre, et pour tou(te)s ce(lles)ux qui vivent/on vécu ou subissent/ont subit les abus de la police, de la "justice" ou de la prison.
En l'occurrence, je fais doublement partie de groupes sociaux harcelés par les forces de l'ordre et je ne suis pas étrangère aux abus de la police, de la "justice" ou de la prison.
Et voila, juste, j'en ai ma claque.

Etudier le fond des problèmes, cesser d'inverser les effets et causes, et changer radicalement l'attitude et la mission de la police...

En réalité, il n'existe pas de recettes magiques pour faire baisser la délinquance. 
En revanche, il apparaît clairement que la peur du gendarme et la menace ont leurs limites. 
Ainsi serait il peut être vraiment temps de se demander si il n'y a pas une origine systémique aux problématiques que nous rencontrons. Les inégalités trop fortes, les systèmes d'oppressions, la culture d'un individualisme absolu sont par exemple autant de catalyseurs de faits de violences vers des biens ou des personnes.
Egalement, il serait peut être vraiment temps de s'intéresser aux auteurs de faits de délinquance dans un autre but que celui de trouver des moyens de les punir. Faire des recherches pour comprendre ce qui sous tend les passages à l'acte, les "motivations", et chercher des moyens pour agir aussi sur ces choses là.

Et enfin vraiment, mais alors vraiment, il est urgentissime de changer de posture vis à vis de la police. Le jamais-coupables-toujours-légitimes, ce n'est plus possible, et c'est d'une indécence incroyable pour tous ceux qui subissent leurs violences, leurs tortures, leurs menaces et leurs insultes de façon plus ou moins régulière.
Les flics apparaissent -à tort ou à raison- comme les représentants direct de l' Etat pour beaucoup de gens. Les voir respecter les droits de l'homme selon la gueule du client, se taper le cul par terre en faisant des blagues racistes/sexistes/LGBT/grosso/puto/toxico-phobes (etc), se comporter exactement de la même façon que la plus primaire des bandes de pillards, faire usage d'insultes, de violences diverses et de menaces, enfin bref, ce genre de choses, c'est semer de la colère et la haine à n'en plus finir.
Et surtout, cela revient à bien faire passer le message : il y a un clivage, avec d' un coté ceux qu'on estime comme des citoyens respectables, et puis de l'autre, des citoyens de seconde zone. Et alors, peut- on vraiment s'étonner que ceux qui ont bien reçu le message concernant leur place de citoyen de seconde zone ne s'estiment plus concernés par les lois de ce pays? 
Et si le comportement de la police est une des clés, les missions qu'on lui donne aussi. En l'occurrence, j'ai en souvenir ce moment où alors que j'étais en garde à vue pour infraction stups, un des agents m'a demandé si j'avais "des infos vraiment utiles, qui pourraient déboucher sur une incarcération tu vois". Je m'en étouffe encore avec mes Chocapics régulièrement de celle là. Tranquille le mec, dans un pays où les prisons sont à parfois 200 % de leurs capacités, il me dit que pour lui, une info vraiment utile, c'est une info qui débouche sur une incarcération. Et de ce que j'ai vécu et vu avec la police ça et là, je pense que c'est une vision généralisée à tous les services. Et cette vision, elle ne vient pas de nulle part. Ce sont avant tous les dirigeants des forces de l'ordre qui en sont à l'origine. A eux incombent donc la responsabilité de donner un autre sens et une autre direction à cette institution. 


"Petite dinde intolérante à la contrariété" : Dialoguer avec les forces de l'ordre, toujours un grand moment d'instruction ...

J'ai envie de terminer en revenant sur la dernière conversation que j'ai eu avec un policier. Fait original, c'était sur Twitter. (Il n'y avait donc pas de mystère, je savais que je parlais à un flic, et lui savait qu'il parlait à une pute camée)
Nous avons eu un bref échange au sujet des affaires de stups qui étaient traitées de la même façon que les affaires de terrorisme au niveau de la réglementation des arrestations et de la durée de garde à vue. Je n'ai pas été insultante, j'ai vouvoyé le monsieur, mais je lui ai fait savoir que je trouvais ça quand même un peu fort de café. s'en est suivi le dialogue suivant :
lui : - T'as raison, il n'y a que des innocents en prison et la drogue c'est génial, j'ai compris ton message.
moi : - En fait mon message est un peu plus subtil, mais je ne suis pas sûre que vous soyez capable de le comprendre... Et sinon, le tutoiement direct alors qu'on ne se connaît pas, c'est quoi, déformation professionnelle?
lui : - Ho pardon, je ne pensez pas que vous seriez choquée pour si peu, vous qui êtes habituellement si fine!
moi : - Vous n'avez pas à vous permettre de familiarités même quand vous estimez être face à une personne qui n'est "pas fine"...
lui : - Ne t'inquiètes pas, je ne t'adresserais plus jamais la parole, c'est trop désagréable de discuter avec une personne aussi intolérante à la contrariété.
moi : - Ha oui, ces gens qui sont intolérants à la contrariété et qui refusent de se laisser tutoyer/menacer/humilier/tabasser sans moufter, c'est vraiment chiant! Vous ne pouvez plus faire votre boulot quoi!
A partir de là, j'ai "report as spam" l'individu, sentant que j'allais franchement perdre mon sang froid (c'était déjà en marche). Mais certains twittos qui ont assisté à la discussion ont pu voir qu'il m'avait entre autre traité de "sotte" et de "petite dinde" par la suite.
Une vingtaine de minutes plus tard, je me suis soudainement dis que je devrais peut être faire une capture de cette conversation. Mais évidemment, lorsque j'ai débloqué mon report et que je me suis rendue sur son compte, il avait effacé tous ses tweets...


Pour aller plus loin ,Je vous conseille la lecture (rapide elle au moins, haha!) de cet excellent article : Pourquoi la BAC utilise des manières "rudes et humiliantes"?