dimanche 18 mai 2014

Social et féminisme : Savez vous ce qu'est un contrôle domiciliaire CAF et connaissez vous le concept de "vie maritale"?



IMPORTANT : Pour les allocataires CAF et pour les personnes intéressées par le sujet de près ou de loin, reportez vous à la fin de l'article, il offre de nombreux liens truffés de conseils concrets pour vous préparer, vous défendre et résister.

Note : N'hésitez pas à ouvrir les liens en allant, car pro de l'internet que je suis, ils s'ouvriront dans un autre onglet, hé ouais!

Aujourd'hui, je viens vous parler Caisses des Allocations Familiales (voir lien pour page wiki), droits sociaux et féminisme. J'ai pu constater, en discutant sur le net ou dans la vie, qu'énormément de gens ne connaissaient pas ces choses là, tout simplement car elles n'y avaient jamais eu recours. (et c'est tant mieux, théoriquement cela veut normalement dire qu'elles n'en ont pas eu besoin... en pratique c'est plus compliqué hélas...)
Ainsi, pour être la plus claire possible, voici un petit rappel de ce qu'est la CAF et des prestations qu'elle distribue.

Qu'est ce que la CAF et de quoi s'occupe t-elle? (liste non exhaustive)

La CAF, c'est la Caisse des Allocations Familiales. C'est elle qui distribue (entres autres) :

_ Le RSA
_ L' AAH (allocation adulte handicapé(e) ) (EDIT: erreur, c'est la MDPH)
_ L' APL ou ALS (Aide personnalisée au logement ou Allocation de logement sociale)
_ Les allocations familiales

Je vais m'arrêter un instant sur le RSA et les APL, qui sont objet de toutes sortes de mythes:

Donc, pour une personne seule, le RSA s'élève à 499 euros. MAIS attention, si cette personne seule loue un logement et qu'elle touche donc une APL ou une ALS, ou bien encore, si elle est hébergée à titre gratuit, le montant de son RSA tombe à 439 euros. (donc en gros, la plupart des RSAstes touche 439 euros de RSA/mois.)
Il n'y a pas de montant moyen de l'APL ou de l'ALS pour une personne seule. En province, cela peut tout aussi bien varier de 20 à 200 euros, tout dépend du logement, de la situation de la personne, etc.
Mais bref, en général, l'APL/ALS d'une personne seule en province tourne autour de 150 euros. Soit 439+150 euros pour survivre, égal à un total de 589 euros.

Passons à présent aux couples sans enfants. Alors là, d'un seul coup, on se sait pas trop pourquoi, mais le RSA diminue d'un tiers. Un couple au RSA touche 749 euros, qu'il verra descendre à 629 euros si il loue un logement et use donc de son droit à l'APL ou à l'ALS, ou bien si il est hébergé. (Donc là encore, l'immense majorité de couples touche 629 et non 749 euros.)
Là encore, pas de montant moyen pour l'APL/l'ALS, mais disons qu'en général, un couple qui loue un petit logement en province touche 220 euros d'APL/ALS par mois.
Ce qui nous fait un total de 849 euros pour survivre à deux. (version optimiste)

Pour connaître les montants RSA des personnes seules ou couples avec enfants, reportez vous sur cette page, vous allez voir, c'est vraiment pas mirifique... montant RSA

Le contrôle domiciliaire CAF, qu'est ce que c'est?

Comme vous le savez peut être, l'ennemi public numéro 1 de la France, c'est le 1% de la population qui monopolise et confique toutes les richesses le fraudeur de prestations sociales.
Pour lutter contre cette hérésie, la CAF a mis en place des contrôles de plusieurs types, dont le contrôle domiciliaire. Ces contrôles divers connaissent une croissance exponentielle assez incroyable depuis plusieurs années. A se demander si la CAF n'use pas plus d'énergie à faire la chasse aux éventuel(le)s irrégulier(e)s plutôt qu'à gérer les affaires sociales et familiales de la France...
Mais revenons en au contrôle domiciliaire : En gros, cela consiste à vous envoyer un(e) contrôleu(r)se chez vous, qui va venir vérifier que vous vivez bien seul(e) et que vous ne vous trouvez pas en situation de "vie maritale". Ou bien de venir contrôler que vous vivez bien là où vous le déclarez. Ou encore, que vous êtes bien un parent isolé(e) qui n'a pas un nouveau ou une nouvelle petit(e) ami(e) qui traîne souvent dans le coin. Bref, vous envoyer un(e) contrlôleu(r)se qui va venir vérifier que vous êtes bien autant dans la misère et l'exclusion que vous ne le déclarez, et que vous n'avez pas de la famille ou des amis susceptibles d'être un peu trop solidaires avec vous.

Le gros souci, c'est que pour effectuer ces contrôles, la CAF ne cesse de violer la loi, et c'est le règne de l'arbitraire.

La "vie maritale", un concept arbitraire et illégal:

Car en effet, en France, il n'existe pas légalement de statut de "vie maritale". Soit vous êtes pacsé(e), soit vous êtes marié(e), soit vous êtes célibataire, point final.
Mais pour la CAF, il suffit qu'un homme et une femme partage le même toit pour être considérés comme vivant en "vie maritale", et donc considérés comme étant des fraudeurs (puisque touchant chacun un RSA personne seule et non un RSA couple réduit de plus d'un tiers...)

Quelques exemples ubuesques :
_ Le premier, c'est bien sûr la colocation. Pour la CAF, un homme et une femme* en colocation peuvent se retrouver en un rien de temps comme considérés en "vie maritale", et donc considérés comme des fraudeurs.
_ Vous êtes une femme et vous vivez chez votre oncle* qui vous héberge gentiment parce que vous êtes dans la merde en ce moment. Paf, contrôle domiciliaire, vie maritale, fraudeurs.(ceci n'est PAS une histoire inventée)
_ Vous êtes une femme (seule ou avec des enfants), et depuis quelques temps maintenant, vous voyez un homme*. Cet homme dort souvent chez vous, mais vous ne savez pas où vous allez, quel sera votre avenir. Vous n'avez jamais pensé une seconde qu'une relation informelle de ce type pouvait regarder la CAF. Pourtant un jour, contrôle domiciliaire, et PAF, fraudeurs.
_ Vous êtes une femme, ou un homme, et un jour, vous avez dépanné(e) un(e) pote en galère du sexe opposé(e)* en le ou la laissant crécher chez vous et en le ou la laissant utiliser votre adresse postale pour -par exemple- sa boîte d'intérim (car il faut absolument fournir une adresse pour pouvoir travailler, et il faut très généralement travailler pour avoir une adresse : gné), et ce pendant quelques mois. Quand un jour, PAF, contrôle domiciliaire de la CAF, vie maritale, fraudeurs.

* Notez que la CAF, clairement homophobe, ne fait généralement ce genre de conclusions qu'avec des duos femme/homme, mais ceci est en train de doucement changer...

Mais être considéré fraudeu(r)se à la CAF, ça implique quoi exactement?

Et bien si la CAF estime que vous êtes un fraudeur ou une fraudeuse, cela implique purement et simplement que d'une part, elle vous radie (parfois pour plusieurs années), et donc vous coupe de vos droits sociaux, et que d'une autre, elle vous réclame un trop perçu. 
Les parents (isolés ou non) se retrouvent donc également privés d'aides à la cantine ou aux sorties scolaires, car bien souvent, ces aides sont conditionnées à la présentation d'une attestation de prestations CAF.
vous n'avez plus de droits à l'aide alimentaire.
bref, plus le droit à rien.
Alors qu'à la base, vous étiez au RSA, donc déjà dans la merde.
Il est possible de contester la décision de la CAF et de déposer un recours, mais ces recours prennent des mois et des mois, quand ce ne sont pas des années, mois et mois ou années durant lesquel(le)s le revenu dont vous dépendiez pour survivre vous est coupé. (Et encore faut il pouvoir faire le recours, parce qu'évidemment c'est pas gratuit...)

Du pain béni pour les employeurs précaires et l'économie parallèle...

Evidemment, ces situations de privations de droits sociaux sont du pain béni pour les employeurs précaires et maltraitants, (Quelle meilleure main d'oeuvre que celle qui n'a le droit à rien, est complètement vulnérable et paniquée, et surtout coincée sans aucun autre choix, hum?) mais pas seulement. Car trouver un employeur précaire et maltraitant, c'est même pas garantit de nos jours.
Non, c'est aussi une voie directe vers l'économie parallèle, telle que la prostitution, la petite délinquance, le petit recel, le deal de drogues, et pourquoi pas une petite plongée dans la toxicomanie pour mettre en place une stratégie de survie face à ce cauchemar qui n'était pas déjà un doux rêve à la base. Un cauchemar qui peut vite finir par la case prison...
Je vois d'ici les maraude de la Croix Rouge (et autres) venir vous expliquer, alors que vous êtes à la rue en train de crever de froid et de trouille, que vous avez des droits sociaux et que tout va s'arranger, et vous de répondre que c'est mort, car à chaque redemande, on vous répond "d'après notre contrôle du tant, vous êtes en vie maritale avec monsieur/madame x et avez fraudé", et qu'en plus, vous avez une dette de 15 000 euros de "trop perçu" à leur payer...

Centre d'appels Orange, plus de 20 suicides en deux ans. Des centres d'appels comme tant d'autres, sur le podium des emplois précaires...

Des contrôles ciblés

La CAF le dit elle même, ses contrôles sont ciblés.
Pour commencer, la CAF a bien sûr accès à toute votre vie : déclaration d'impôts (vous avez prêté votre adresse à un(e) pote à une époque alors que vous étiez allocataire? Attention, ça craint), banque, bailleur...
Cet accès lui permet de croiser diverses données (fiches d'impôts, pôle emploi, CPAM...) qui peuvent vous faire plonger si vous avez eu un jour l'outrecuidance de faire preuve de solidarité, car la CAF recoupe ces infos régulièrement.
Et elle n'hésite pas non plus à enquêter, par exemple en téléphonant à votre banquier pour savoir si vous avez reçu des virements de votre famille dans les derniers mois, ou en appelant votre bailleur pour lui demander si vous vivez à deux alors que vous êtes déclaré(e) seul(e) sur votre bail. Sans parler des études de voisinage durant lesquelles des agent(e)s posent des questions sur votre vie privée à vos voisins d'en face et vos voisins de pallier...

Par ailleurs, il est assez facile d'imaginer quelles genres de "cibles" la CAF préfère, même si lorsqu'elle s'exprime sur le sujet, elle détourne habilement la question : femmes seules, mères isolées, et évidemment, porteurs et porteuses de noms à consonance pas bien de chez nous. On peut aussi imaginer (et constater sur le terrain en rencontrant directement les allocataires surtout) qu'elle aime particulièrement contrôler les bénéficiaires du RSA de longue durée. En fait, toutes les personnes les plus vulnérables, précaires, et surtout, impressionnables et ayant un très fort sentiment d'illégitimité. 

Foutre la trouille pour tuer la solidarité 

Avec son système bien rodé de chasse aux allocataires qui, rappelons le, ne touchent même pas le seuil de pauvreté  (de 814 à 977 euros selon la définition pour une personne seule), la CAF instaure la peur pour encourager le chacun pour soi et décourager la solidarité.
Car c'est souvent par là que tout commence : par solidarité, vous avez hébergé un pote, vous lui avez prêté votre adresse alors qu'il ou elle était sans domicile fixe pour qu'il ou elle puisse prendre un boulot, vous avez demandé secours à un(e) ami(e) pour qu'elle fasse cette même chose pour vous, vous avez prêté votre nom pour l'assurance d'un(e) ami(e) ou d'un parent, etc.
La CAF traque aussi les petites aides financières que peuvent vous donner familles et ami(e)s en épluchant vos comptes et en faisant des calculs arbitraires.
La solidarité est alors tuée dans l'oeuf, tous flippé(e)s que nous sommes de finir radié(e)s, rayé(e)s, encore plus exclu(e)s. La solidarité devient un risque, mettant le libéralisme en pleine jouissance, et les plus précaires, pauvres et miséreux dans la peur et la solitude.
Toute tentative d'organisation auto-gérée est découragée, avec cette impression diffuse que c'est quelque chose de mauvais, d'illégal et d'interdit.

Surtout, ne cédez pas! Si vous avez la chance d'avoir un collectif de précaires près de chez vous, essayez d'y participer d'une façon ou d'une autre, ne restez pas isolé(e)! Notre meilleure défense, c'est l'organisation et la solidarité. Même si vous n'avez encore jamais rencontré de problèmes avec ces diverses institutions, sachez que la machine s'enraye très vite et que cela peut vous tomber sur le coin du nez très facilement. 

C'est tout de suite plus impressionnant...

Comme une odeur de patriarcat

Comme je le disais plus haut, la CAF cible ses contrôles, en grande partie sur les femmes seules et les mères isolées.
Ce que la CAF recherche, ce sont par exemple des femmes qui toucheraient leur RSA tout en ayant un(e) ou des compagn(es)ons. Ou bien des mères isolées qui doucement, recommencent à s'attacher à quelqu'un(e) d'autre.
Ce que la CAF recherche, ce sont surtout des femmes qui refusent d'être dépendantes d'un homme tant qu'elles n'en auront pas fait le voeux officiellement et légalement par le biais du Pacs ou du mariage. 
Car qu'est ce qui justifie et oblige une solidarité financière entre un couple tant que celui ci n'est pas marié ou pacsé?
Et bien rien. Absolument rien.

La France se gausse de mettre les droits des femmes au premier rang de ses préoccupations, et pourtant son système d'aide sociale basé sur l'arbitraire et l'ubuesque (on peut vous déclarer fraudeur ou fraudeuse à la CAF pour vie maritale supposée alors que vous restez "célibataire" sur votre feuille d'impôts) est construit de telle sorte que toutes femmes partageant la vie d'un homme de façon plus ou moins épisodique et sans forme de solidarité financière engagée se trouve en situation de se faire sauter son revenu de survie et d'indépendance (aussi relative puisse t-elle être).
Alors vous allez me dire, "les hommes aussi, blablabla". Oui, les hommes aussi. Sauf qu'ils sont beaucoup moins ciblés par les contrôles CAF, beaucoup moins concernés par les boulots précaires (en France, les femmes représentent 80% des salarié(e)s à temps partiels, 61% des salarié(e)s peu qualifié(e)s, 78% des employé(e)s non qualifié(e)s, et sur les 3,7% de travailleurs/euses pauvres, 70% sont des femmes.)  
Mais oui, c'est vrai, ce système demande aux hommes d'assumer leur rôle de "chef de famille" ayant compagne et enfants à sa charge financière. Cela engendre irrémédiablement une situation de dépendance dans les couples hétéros, et cette situation est soutenue et même organisée systémiquement. 
Mais le patriarcat, c'est plus chez nous qu'on vous dit, c'est loin là bas où les gens sont des sauvages.

Dans un pays où les femmes occupent les statuts les plus précaires, où 9 femmes sont violées par heures (soit 205 par jours), où une femme meurt sous les coups de son compagnon ou ex compagnon tous les 2,5 jours, comment un système social digne de ce nom peut couper aux femmes toute forme d'indépendance, et ce alors qu'elle n'a prit aucun engagement de solidarité avec un(e) partenaire? (engagement de solidarité qu'à titre personnel, je trouve contestable quoiqu'il advienne, mais bref)
Leur laisser la possibilité d'avoir le CHOIX de rester avec un compagnon ou non, leur laisser la possibilité de partir très rapidement en cas de violences physiques, psychiques et/ou sexuelles, leur laisser tout simplement une forme d'indépendance, voila ce que devrait assurer un système social digne de ce nom!

Arbitraire et confusion : deux piliers sur lesquels reposent notre système social 

Mais en fait, comment fait on pour se mettre en situation de régularité avec la CAF?
Doit on la prévenir dès qu'un homme (ou une femme) entre dans notre vie, et pareillement dès qu'il ou elle en sort? Même pour une histoire qui dure quelques semaines ou quelques mois?
Doit on la prévenir qu'on a plusieurs amant(e)s?
Doit on la prévenir de notre orientation sexuelle?
Doit on préciser si on baise ou non?

Et si l'on comprend largement l'acharnement de la CAF à trouver des "vies maritales" partout (ben oui, ça fait un RSA réduit de plus d'un tiers, et surtout, des allocataires radié(e)s pour des années!), on imagine toutes les difficultés de la Terre que cela réclame de démontrer à la CAF que l'on est plus en couple. (En fait pour ça, on avait inventé des statuts tels que le PACS ou le mariage, mais comme la CAF s'assoit dessus...)




Un smic et un RSA? Bon dieu mais vous êtes trop riches pour être aidés!

Comme me le disait avec ironie la twitta Beth_Grrr : "Un SMIC et un RSA? Attend, mais vous êtes trop riches pour recevoir des aides!"
Un SMIC, c'est 1128 euros net/mois, à temps complet bien sûr. Un RSA, c'est généralement 439 euros. Ce qui nous fait à peu près 1567 euros pour un couple dont l'un travaillerait au SMIC et dont l'autre pourrait garder son RSA.
1567 euros, à l'heure actuelle et pour deux personnes, c'est un revenu qui n'a rien de mirobolant. C'est un revenu qui permet de payer le loyer, le téléphone et les charges. C'est un revenu qui permet d'aller jusqu'au bout du mois en faisant bien attention, qui permet d'avancer quelques frais en cas de soins et de payer quelques dépassements d'honoraires de temps en temps. C'est un revenu qui permet d'acheter des vêtements et des chaussures quand les saisons changent, et encore en général ça se fera d'un mois sur l'autre. C'est un revenu qui permet de ne pas s'endetter ou se surendetter (enfin pardon, je dis ça comme si il était question de prendre un crédit, mais comme le gagnant du SMIC a de grandes chances d'être intérimaire, je parlais plutôt d'éviter les impayés qui s'accumulent), d'être un minimum solidaire avec les autres. En fait, c'est un revenu qui dépasse à peine le seuil de pauvreté pour deux personnes...

A l'heure actuelle, si un couple même non marié et non pacsé se déclare en "vie maritale" à la CAF, lorsque l'un des deux gagne un SMIC, le RSA de l'autre saute.
Dans un couple hétéro, statistiquement, il y a de grandes chances que ce soit l'homme qui gagne le SMIC, mettant alors la femme en situation de totale dépendance. Et cela fait passer le couple à un revenu de 1128 euros par mois pour survivre. Ce qui s'avère être largement en dessous du seuil de pauvreté pour deux personnes. Et ce qui ouvre là encore la voie directe vers l'endettement/surendettement. (Même remarque sur la question que ci dessus). Et ce qui là encore, fait le beurre d'employeurs précaires et maltraitants, et des activités d'économies parallèles.

Qu'il soit clairement question d'injustices et d'erreurs profondes (lorsque la CAF impose la vie maritale à deux colocataires, un oncle et une nièce, un pote qui a prêté son canapé et son adresse 6 mois) ou d'abus illégaux en déclarant comme engagé(e)s à subvenir au besoin matériels de l'autre un couple ni marié ni pacsé (mais d'ailleurs, si vous voulez mon avis, ces engagements ne devraient pas couper l'indépendance de l'autre quand même. Je pense par exemple aux parents d'une copine dont la père touche un SMIC et dont la mère n'a de fait pas le droit au RSA. Elle est complètement dépendante de son mari, ils ont des revenus ridicules, ont travaillé toutes leurs vies, tout ça pour...une vie de misère), les contrôles domiciliaires CAF ne sont rien d'autre qu'une chasse aux pauvres, et surtout l'instauration d'un climat d'angoisse, de peur et de culpabilité.

Et pourtant, quand on y pense, l'argent que la CAF dépense pour contrôler ses allocataires et se comporter en parfait flic plutôt qu'en réel service social est nettement plus important que ce que lui coûterait le fait de laisser leur RSA aux gens déclaré(e)s célibataire, point barre.
D'autant plus que le budget alloué au RSA est excédentaire en France...

Petits rappels utiles

_ Vous trouverez ici le bulletin des impôts qui déclare noir sur blanc que le RSA est financé par une taxe de 2% sur "les revenus du patrimoine" et "les produits de placement" des ultra riches. Gardez le en tête pour le prochain ou la prochaine qui vous sortira l'habituelle "ces parasites aux RSA qui vivent mieux que nous à larver devant la télé avec MON argent, parce que c'est MOI qui cotise pour eux en plus!!"
_ Vous trouverez ici une note explicative sur la taxe d'habitation et la redevance télé, pareil, à sortir au prochain plouc qui vous parlera de "parasite qui passe sa journée devant la télé alors qu'il ne paye même pas la redevance!"
_ Rappelez vous que le budget RSA est excédentaire à hauteur de 1 milliard d'euros! Et ça, c'est un calcul dans l'hypothèse où tous les bénéficiaires demanderaient leurs droits!
_ Mais ça, ce n'est pas du tout le cas! En réalité, les non recours à l'aide sociale sont un phénomène bien plus important que la fraude sociale! Environ 50% des personnes qui auraient le droit au RSA socle ne le demande pas, et pour le RSA activité, cela monte à 68%! Le total de ces non recours? 5 milliards d'euros! De même que l'aide à l'acquisition d'une complémentaire santé ou le recours à la CMU montent à un taux de non recours de 70%! On dépasse ici le milliard d'euros! Sans parler de tous les non recours aux tarifs sociaux électricité, téléphone ou gaz... Et les 4,7 milliards de non recours pour les prestations logement ou famille!
Calculons rapidement donc : nous avons un budget excédentaire de base d'1milliard d'euros, ajoutons à cela 5 milliards d'euros de non recours RSA, puis encore 1 milliard d'euros de non recours aux aides aux soins, et enfin les 4,7 milliards de non recours aux prestations familiales et logement. soit un total de 11,7 milliards d'euros d' excédent de budget et des millions de non recours!
Où passe cet argent? Pourquoi ne l'utilisons nous pas pour rechercher les ayants droits qui sont dans le non recours? Pourquoi préfère t-on le dépenser dans des contrôleurs qui font la chasse aux pseudos fraudeurs? Et surtout, pourquoi on augmente pas le RSA?? Et pourquoi on communique en chargeant à mort le stigma anti pauvres? Pourquoi ces informations ne sont elles pas plus visibles et communiquées?
_ La fraude aux prestations sociales est évaluée à 4 milliards d'euros. Soit un tiers
de l'excédent du budget alloué aux prestations sociales (estimé à 11,7 milliards d'euros, pour rappel).
_ Coté employeurs, on compte 16 milliards de fraudes aux cotisations sociales, et surtout, 25 milliards d'évasion fiscale. VINGTS-CINQ MILLIARDS.
_ Ici, le démentèlement de la longue liste des idées fausses concernant les prestations sociales et la solidarité par ATD quart monde.

Sérieusement : Où passe cet argent?

Laissons place aux spécialistes!

Si le sujet vous intéresse, que vous voulez aller plus loin, et surtout, si vous êtes allocataire de la CAF, de Pole Emploi, de la CPAM ou de n'importe quelle administration, foncez lire :

Le blog des CAF-ards, absolument ESSENTIEL.
Réseau solidaires d'allocataires Val d'Oise : Contrôle CAF, vie maritale supposée et mort sociale avérée. (à lire ABSOLUMENT)
Réseau solidaires d'allocataires Val d'Oise : Contrôle Caf, comment se défendre et résister?
Paris Luttes : Organisons nous face aux contrôleurs domiciliaires CAF!
A écouter, par les CAFards : N'avoue Jamais

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Quoiqu'il en soit, pour ma part, j'ai ajouté à la longue liste des métiers que je conspue le plus : "contrôleurs/euses CAF".

Signé : Une fille méchante qui ne reconnaît même pas la super gentillesse de l'Etat d'allouer la moitié d'un seuil de pauvreté pour survivre aux pauvres de son pays. (et encore, pas tous...)

mardi 25 février 2014

Rape Culture : Pas assez jeunes, Pas assez de sang, ces mauvaises victimes de pédocriminalité

Donc il y a ce type, 28 ans, ne suit presque que des adolescentes sur son compte Twitter. Près de 300.
Et depuis hier, il y a ces jeunes filles qui ont osé briser le silence, raconter, et signaler. Près d'une dizaine.
J'ai fait un petit tour sur le profil Twitter du gars, et ça a été pour le moins...instructif.
Un mélange de phrases philosophico-cryptiques, de photos d' âââârt, quelques complaintes sur la folie du monde...
Bref, le message est clair, on a ici affaire à un écorché vif, un sensible penseur, contemplatif.
Et c'est avec la même signature que ce grand cérébrale fait des avances sexuelles à des mineures. 
"Un jour il faudrait que je te fasse l'amour, ça te ferait du bien (...) Brûler à deux". Altruiste et profond avec ça.

Une fois ses agissements signalés, on pouvait lire sur sa TL toute une logorrhée sur la folie des internets et de ces gens timbrés qui ne rêvaient que de briser de pauvres innocents pour se sentir exister.
"Je n'ai fait qu'avoir des relations sincères", clamait il. Et de repartir sur les "accusations très graves" que l'on avait l'outrecuidance de lui faire porter.
Un discours d'autant plus ahurissant qu'il avait la capture d'une discussion sur laquelle on le voyait clairement faire des avances sexuelles à une jeune fille de quinze ans sous le nez.
Oui mais voila. Lui n'estimait (et n'estime toujours pas d'ailleurs) pas avoir fait quoi que ce soit de répréhensible. Comprenez, c'est juste un pauvre homme trop sensible et trop fleur bleu pour ce monde de brutes, et PAF, pas de chance, c'est toujours sur des adolescentes que son amour ultra pur tombe.
Et puis on ne sait pas tout, parce que le contexte, parce que elles aussi elles étaient amoureuses, et puis d'abord ça nous regarde pas ses histoires amoureuses.

Hier soir, quand je lisais sa TL, j'en aurais gerbé tripes et boyaux. Et pourtant à ce moment là, je n'étais qu'au début de mes peines...
Parce qu'une fois le coup de l'émotion passé, une réalité m'a explosée en pleine gueule : ce type n'est pas malade. Du moins, il semble clairement distinguer le bien et le mal.
Et si il est à ce point persuadé d'être totalement légitime, de n'avoir rien à se reprocher, et même d'être victime de la machine à broyer des féminazies d'internet, et bien c'est tout simplement parcequ' autour de lui, il y a tout un système et toute une culture qui lui certifie ces choses. 
Et pour me le démontrer, je n'ai pas eu à chercher bien loin...

En effet, à partir du moment où les mots "harcèlement sexuel" et "pédoprédateur" ont été prononcé, une belle poignée de défenseur(e)s de la cause de ce brave type s'est formée.
Et que d'abord, on n'avait pas à se mêler des "histoires de couples" et de la "vie privée" des gens.
Et puis qu'on était complètement naïves (je parle au féminin, car je n'ai pas vu d'homme intervenir dans cette affaire) de se laisser embarquer par une bande de gamines qui cherchaient simplement à se venger de ne pas avoir obtenu l'attention qu'elles voulaient.
Et puis que hé, c'était quand même bizarre, ces jeunes filles qui se mettaient à parler seulement maintenant! Si ça avait été si grave, pourquoi elles en avaient pas parlé avant?
Et puis que d'abord, pourquoi si c'était si grave, elles n'étaient pas plutôt en train d'en parler à leurs parents?
Et comme de par hasard, tous ces témoignages qui s'enchaînent, ha ouais d'accord, en gros les meufs elles ont senti le bon filon pour attirer l'attention sur elles et vous vous tombez dedans!
Et puis nan mais hé, "pédocriminel", "pédoprédateur", "harcèlement", nan mais attendez, ça va beaucoup trop loin là, vous vous rendez compte de la gravité des accusations que vous portez!?
Et puis qu'en plus, les jeunes filles concernées, qu'est ce qu'elles foutent sur Twitter à quinze ans à part jouer les grandes hein?
Et puis que d'abord, elles avaient qu'à pas répondre!
Et puis c'est bon hein, elles sont pas victimes de quoi que ce soit les concernées! Elles n'ont même pas été violées!
Et puis hé ho, "harcèlement", nan mais vous savez ce que ça veut dire "harcèlement"? D'ailleurs c'est vous les harceleuses là, à tomber sur ce pauvre innocent!
Et puis que franchement, vous devriez avoir honte, quand on pense qu'il y a des gens qui se font harceler pour de vrai, qui sont victimes pour de vrai, et vous vous êtes là à vous exciter pour rien!
Et puis que d'abord, vous faites tout ce boucan parce que vous z'avez rien à faire dans vos vies de féminazies, tout ce que vous voulez c'est vous payer un pauvre innocent pour prouver au monde que vous être trop des défenseuses de la cause des femmes, alors qu'en vrai vous faites rien!
Etc.
Etc..
Etc...
Ho, et bien sûr, tout ça avec des captures d'écran sous le nez hein, là encore...

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Et bien, nous y voila.
Evidemment, comment j'avais pu ne pas le voir venir?
J'étais là, complètement hallucinée et effarée devant mon écran, à me demander ce que c'était que ces conneries, mais attends là je suis en pleine hallu, je suis bel et bien en train de lire la prose de gens qui défendent tranquillement un pédoprédateur, et qui en font même une victime?!
Hé bah...oui. Oui oui oui.
Et pourtant, pffff... Bah oui enfin, évidemment.
Je le sais pourtant, je le sais, mais ça arrive encore à m'exploser à la gueule comme une bouteille de Perrier.

Evidemment que c'est de la faute des jeunes filles.
Evidemment que ce sont elles les coupables, les connasses qui ont eu l'outrecuidance de juste être là, au milieu du chemin de ce type, et donc de provoquer ses hormones.
Evidemment que ce pauvre homme n'est pas responsable! Dans le monde magique des féminazies, on considère qu'un(e) adulte responsable n'a pas à solliciter un(e) mineur(e) aussi bien sexuellement qu'amoureusement. On considère également que dans le cas où un(e) adulte responsable serait sollicité(e) sexuellement ou amoureusement par un(e) mineur(e), car oui, nous savons que ce cas de figure se présente parfois pendant l'adolescence, et bien cet(tte) adulte responsable devrait tout simplement poser des limites et mettre un stop immédiatement. Mais ça, c'est des conneries de féminazies hein, dans le vrai monde, il est évident que c'est bien trop demander, surtout à des hommes!
Evidemment que ces jeunes filles mentent. Qu'elles ont monté un coup pour faire tomber ce pauvre monsieur ou pour se rendre intéressantes. Tenez d'ailleurs, à tous les coups on va découvrir qu'il a plein de thunes, et que tout ça, c'est l'oeuvre d'un gang de salopes vénales!
Evidemment qu'on ne peut pas parler de harcèlement! Mais enfin, où avais- je la tête? Comment avais-je pu oublier? Il y a bien sûr le vrai harcèlement, celui où on reçoit trente coups de fils par jours avec un type qui parle, torchon sur le combiné, ou bien alors qui ne parle pas, ha oui ça c'est du vrai bon harcèlement ça, le type qui dit rien du tout! Et bien sûr, il faut que ce soit assortit de dizaines de lettres composées de signes découpées dans les pubs des magazines et de hamsters morts devant la porte. Ca, c'est le vrai harcèlement, et en face, il y a le faux harcèlement, qui consiste à recevoir de multiples messages de la part d'un adulte quand on est encore une enfant, messages qui débouchent sur des propositions amoureuses et/ou sexuelles. Un peu de mesure quoi, merde!
Evidemment qu'on ne peut pas parler de pédoprédateur! Un pédoprédateur, ça roule en camionnette blanche devant les écoles et ça s'intéresse aux très jeunes enfants! Mais si c'est juste un adulte qui sollicite sexuellement et amoureusement des jeunes filles encore mineure, c'est pas un pédoprédateur. Parce que déjà, dans le fond il est gentil (il voulait juste montrer à ces jeunes filles que le sexe, ça fait du bien), et puis qu'en plus, ses victimes ne ressemblent plus vraiment à des petits enfants. Bah oui hein, à quatorze quinze ans, on commence à avoir des seins, et puis vous les voyez les jeunes filles de maintenant, comment elles sont attifées comme des pouffes dès qu'elles ont dix ans?
Evidemment que les victimes de ce type ne sont pas de vraies victimes. Il y a les vraies victimes, avec du sang, des coups et des déchirements vaginaux, et puis il y a les fausses victimes, qui ont juste un traumatisme psychologique, et encore, notons qu'il y a des vrais traumatismes psychologiques, et d'autres qui sont faux. Et si vous voulez mon avis, là, bah je crois qu'on est sur des faux, c'est même certain!
...

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Et puis j'ai croisé une des victimes.
Elle était là à raconter qu'elle s'était sentie obligée de répondre, à raconter que ce type l'avait charmée, qu'elle se sentait trop bête.
Le désemparement total.
Elle est là la rape culture. Juste là. Pour beaucoup, la rape culture est un vaste concept extrémiste et cryptique, un truc qui n'existe que dans la tête de nous autres cinglées de féminazies.
Mais pourtant, elle est sous votre nez, juste là, quand votre petite soeur, votre fille, votre nièce, votre voisine, votre cousine ou je ne sais qui se confronte aux sollicitations amoureuses et sexuelles d'un adulte sur internet, et qu'elle se sent obligée de répondre. Parce qu'il faut assumer. Parce que ça fait plusieurs jours qu'elle discute avec lui, et que c'était inévitable, ça finit toujours comme ça et elle commence à le savoir.
Elle sait aussi, et ça depuis longtemps, que si elle ose dire quoi que ce soit, se rebiffer ou renvoyer ce plouc dans ses cordes, elle va devenir une hystérique, une allumeuse, une salope. Elle sait qu'elle va provoquer la colère et la frustration d'un homme, et que ça ça craint un max.

Vous pensez peut être que pour votre fille, votre soeur, vos amies, vos cousines, votre voisine ou même votre femme/petite amie, c'est ou ça n'a pas été pas pareil. A part peut être pour celle ci ou celle là, qui est de toute évidence une paummée qui ne sait pas se défendre. Mais les autres, elles sont pas comme ça, elles ont du caractère, elles sont accomplies, maintenant pour les femmes c'est plus comme avant, et bla et bla.
Vous pensez aussi peut être que votre fille, votre soeur, vos amies, vos cousines, votre voisine ou même votre femme/petite amie n'est ou n'a pas été assez stupide pour se laisser charmer par un(e) adulte sur internet. Que ce genre de choses n'arrivent qu'aux jeunes filles idiotes ou perdues, à celles qui ont des problèmes de violences dans leur famille, ou des parents absents... 
On est ici au croisement putride entre la misogynie et la culture du viol.
Cette idée que seules les femmes (les hommes, n'en parlons même pas) paummées/traumatisées et/ou ayant cherché/provoqué sont violées/agressées/harcelées sexuellement.
Cette idée qu'on peut prévenir les agressions et harcèlements sexuels en agissant sur les victimes potentielles, et sur elles uniquement. Et donc par extension, cette idée qu'en étant sur le dos de sa fille/soeur/cousine/etc à base d'injonctions, de restrictions et de culpabilisations, on la protège, que rien n'arrivera.
Car finalement les agressions et harcèlements sexuels, c'est toujours l'affaire de celle qui les a cherchés/provoqués, et non de celui/celle qui les a opérés.

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Entre mes 12 et mes 15 ans, j'ai été approchée une bonne dizaine de fois sur le net par des hommes plus ou moins agés, disons entre vingts sept et quarante ans.
Ca n'a jamais été des approches creepy en mode "tu aimes les bonbons? Donne moi ton adresse", il a toujours été question de "juste discuter", de "faire connaissance".
Ca se passait sur l'ordinateur de la famille, le soir pas vraiment tard, vers 21 ou 22 heures.
A cet age là, je n'avais aucunement le droit de sortir le soir pendant la semaine (et c'est normal), et comme bon nombre d'adoes, je passais mes soirées à téléphoner aux copines (les débuts du fixe à fixe illimité et accessible), à essayer des habits, ou bien à chatter sur MSN. J'allais aussi parfois sur des forums pour discuter musique, cours, mode, jeux vidéos, enfin plein de choses quoi.
MSN et les forums, c'était toujours de là que ça arrivait. Des approches basiques, pour m'aider dans le passage d'un jeu ou pour parler d'un album, qui dérivaient petit à petit sur du plus personnel, et finalement débouchaient sur des propositions sexuelles/amoureuses/de rencontre au bout d'un moment. D'un bon moment d'ailleurs, car les pédoprédateurs sont patients, ils savent que les enfants et les ado(e)s sont souvent prévenu(e)s, qu'il font attention, qu'il faut les mettre en confiance.
Mais ils savent aussi que c'est très facile de culpabiliser une jeune fille, de lui mettre la pression en s'énervant sur elle parce qu'elle a "fait croire des choses depuis des semaines".
Ils savent que rares sont celles qui vont oser parler à leurs parents si elles ont la pression en mode "ça fait des semaines que TU me dragues et que TU me fais espérer, faut assumer maintenant!".
Ils savent qu'ils vivent en pleine culture du viol et qu'ils ont l'avantage. Que la peur et la honte n'est pas dans leur camp.

Pour ma part, j'ai eu de la chance. A cette époque, j'avais une vie bien remplie, plein de copains et de copines avec lesquel(le)s j'avais plein d'histoires en tous genres, donc ça ne m'a jamais intéressé de répondre favorablement aux propositions de rencontre. Et lorsque les conversations commençaient à prendre une tournure sexuelle, ça me refroidissait énormément et je me mettais à ne plus répondre. Attention hein, je m'en voulais beaucoup, j'avais vraiment honte de faire ça, j'avais le sentiment d'être une lache qui n'assumait pas (surtout parce qu'une fois que je cessais de répondre, je recevais souvent des messages des intéressés pour me le dire...), je n'en parlais surtout à personne et je flippais grave que ces types me retrouvent et qu'ils débarquent pour se plaindre. Mais voila, en tous cas, bon gré mal gré, ils finissaient toujours par passer à autre chose et par m'oublier.
Mais j'ai eu des copines, nombreuses, qui croisaient le même genre d'individus, et qui ont plusieurs fois soit failli, soit vraiment sauté le cap de la rencontre IRL. 
Parce que voila, elles étaient jeunes, elles n'avaient pas le droit de faire grand chose, ou elles avaient des soucis avec leurs copains/copines à l'école, et qu'elles étaient charmées et valorisées de se voir porter de l'intérêt par un homme vachement plus agé. Ou parfois, elles pensaient être amoureuses. Et surtout, beaucoup finissaient par se sentir tout simplement obligées d'assumer.
Ces copines, il y en a eu de tous les milieux, tous les styles, toutes les configurations.
Leur seul point commun, c'était qu'elles étaient de jeunes adoes, et qu'en face d'elles, des hommes adultes estimaient être dans le plein droit de les solliciter sexuellement. 

Quand j'y repense aujourd'hui, je me dis mais putain, comment ça se fait que je captais pas?
Comment ça se fait que lorsqu'un type de trente ans venait me parler de Tomb Raider avant de bifurquer sur mon age et mes passions, je ne trouvais pas ça anormal? Comment ça se fait que j'entretenais la relation, et qu'à chaque fois que ça finissait par partir en "un jour il faudrait qu'on se voit et qu'on fasse l'amour", j'étais toujours à la fois déçue et surtout surprise? Ca avait beau arriver régulièrement, à chaque fois je me disais "rho putain non!".
Et comment ça se fait que lorsque mes copines me parlaient de ce mec super cool rencontré sur MSN ou sur le WAP, j'avais pas de warning qui s'allumaient en rouge? Pourquoi je ne voyais pas que c'était grave? Pourquoi je n'ai jamais été capable de leur dire "surtout n'y vas pas, arrête de lui parler tout de suite!".
Je me rappelle même avoir aidé une de mes amies de l'époque à aller rencontrer son type un mercredi après midi.
Je suis là, je retourne ça dans tous les sens, je me demande pourquoi, mais putain pourquoi, et puis soudain la réponse, pourtant simple et évidente.
Parce qu'on était des enfants, et qu'on n'avait tout simplement pas l'expérience pour se rendre compte. Parce qu'on vivait dans cette même culture du viol que celle qui donnait à nos pédoprédateurs le sentiment d'être légitimes. 

Tout ça me met dans une monstrueuse colère.

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Puisque de toute évidence, notre culture, la votre, la mienne, ne semble pas prête le moins du monde à changer et à inverser le camp de la peur et de la honte, et bien je crois hélas que l'heure où l'on pourra compter sur une prise en compte des problématiques pédocriminelles à travers le prisme de l'éducation et de la prévention (en plus de simplement cette idée de "la pédocrminalité abstraite, oeuvre de désaxé(e)s") n'est pas arrivée...
Et que de fait, ça va encore être aux victimes de devoir porter le problème à bout de bras pour essayer de faire bouger les lignes.
C'est ce que font ces jeunes filles aujourd'hui en osant braver les accusations de mensonges et les railleries de ceux qui considèrent qu'elles n'ont "même pas été violées" et que donc ça "va beaucoup trop loin", et je les trouve incroyablement fortes et courageuses. 

Quand j'étais juste préado, j'ai été victime de viols et de tortures par deux pédocrminels, pendant toute une nuit.
Une vraie bonne victime si j'en crois les standards donc. Encore que, y'avait pas de camionnette, et j'avais déjà de la poitrine, alors apparemment ça ne compte déjà plus vraiment.
J'ai également été victime d'approches amoureuses et sexuelles de la part d'hommes bien plus agés que moi alors que j'étais mineure. Sur internet, et dans la rue. (ha la rue, un vaste sujet à aborder aussi d'ailleurs!)
Et au nom de ces faits, je m'octroie le droit d'adresser à tous ces gens qui estiment que "tout ça va beaucoup trop loin" car "elles n'ont même pas été violées", à tous ces gens qui nous disent qu'on "devrait avoir honte car il y a des gens VRAIMENT victimes de pédocrminalité dans le monde" une invitation à aller se faire bien cuire le fondement, tout ça le plus cordialement du monde bien sûr.


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A LIRE : le texte d'une des victimes sur Polyvalencemonpote.


ps : Au moment où je m'apprête à publier, j'en suis à lire des tweets d'une meuf qui estime qu'on profite de la vulnérabilité des victimes nous aussi en leur bourrant le crâne pour servir notre propre cause.
Oui parce qu'en fait, ce que ces jeunes filles ont vécu, c'est pas bien grave et ça ne mérite certainement pas un tel chambardement.
Et donc nous autres féminazies extrémistes, bah forcément, on n'a pas le sens de la mesure nécessaire pour observer cette affaire. Et avec notre hystérie bien connue, on entraîne ces jeunes filles à croire que ce qu'elles ont vécu c'est grave, alors que non.
Voila où on en est...
#JeReviensJeVaisVomirAPlus

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EDIT : Pour élargir le sujet, une twitta a souhaité partager ses diverses expériences problématiques avec des hommes plus agés, en partie pour tenter de déculpabiliser et de prévenir, et peut être même aider les jeunes filles/garçons confronté(e)s à ce genre de problèmes aujourd'hui...

J'aimerais juste raconter mes histoires IRL (quand j'étais ado le net n'existait pas encore vraiment, et j'ai commencé à utiliser les chats et compagnie quand j'avais 18 ans et que j'étais bcp plus sûre de moi et armée par la vie)

Je dois simplement préciser qu'il ne m'est jamais rien arrivé de GRAVE (agressions, attouchements...) mais ça me fait capter, et j'espère que ça fera capter d'autres, l'ambiance globale dans laquelle on baigne quand on est une fille ado et que la fréquence, la similarité de mes histoires avec celles d'autres montre qu'il y a un gros gros problème dans la société. Qu'il ne s'agit pas de belles histoires d'amour précieuses et rares, il s'agit d'un système de pensée cohérent qui se reproduit partout, tout le temps!
Cette liste n'est pas exhaustive, ce sont les exemple les plus parlants. Ce que j'essaye de faire passer c'est que les hommes/garçons plus agés ont été OMNIPRESENTS dans mon adolescence.

A l'époque, et la plupart du temps, j'ai été très flattée, séduite, j'avais l'impression que seuls les hommes et garçons mûrs me comprenaient, je me sentais admirée, enfin reconnue à ma juste valeur, etc...
J'aimerais VRAIMENT souligner le fait que c'est entre 11 et 18 ans que je me suis fait draguer le plus par des garçons/hommes plus âgés, que ce soit dans la rue, en colo, aux fêtes, lors d'activités sportives ou culturelles, en boîte... Il y a clairement une drague systématique des jeunes filles. 

- J'ai commencé à me faire draguer par des garçons/hommes majeurs à partir de 11-12 ans. La plupart se barraient immédiatement quand je leur disais mon âge l'air choqué, mais d'autres n'étaient pas du tout rebutés par ça. Il y a l'été entre la 6ème et la 5ème où j'ai dansé avec des mecs plus âgés qui me parlaient comme à une femme. Je me souviens très bien qu'à l'époque je les considérais plutôt avec un mélange d'amusement et de répulsion, ils me paraissaient très très cons, je n'étais absolument pas mûre pour entrer dans un rapport de séduction ou un échange de ce type.

- Quand j'étais en 5ème et en 4ème (deux années de suite, donc) un mono de la colonie de vacances de ski où j'allais faisait mine de me draguer, en rigolant (haha) il m'attrapait la main en m'appelant "mon amour", s'intéressait à moi et à mes histoires de coeur, me faisait des clins d'oeil, mangeait à ma table... Il me faisait rire, je l'aimais bien, mais je me souviens aussi que je faisais très attention à ne pas me retrouver seule avec lui et que si je me retrouvais "coincée" (par exemple dans le télésiège) j'étais un peu gênée et mal à l'aise.
En repensant à ça, d'autres souvenir me reviennent, notamment des plus lointains, d'autres colonies. Notamment un après-midi où l'infirmier de la colo nous faisait passer une sorte de visite médicale à tous l'un après l'autre à l'infirmerie (déjà rien que ça c'est chelou, non?). C'était un homme que je connaissais bien, le revoyant année après année. Bref, cet après-midi là, je me trouvais allongée sur sa table d'auscultation et je me souviens qu'il m'a regardé des pieds à la tête d'un air pensif en disant "J'arrive pas à croire que l'année dernière tu faisais partie du groupe des petits". Ca devait être l'été entre le CM1-CM2, j'avais donc 10 ans. Cette phrase, le ton dont il l'a dite, et son air me sont restés en tête.

- Quand j'étais en 4ème, que j'avais 13 ans, je faisais de l'aviron en club et un mec marié m'a fait des avances, bcp d'avances, me touchait les jambes, la taille, me traitait avec beaucoup d'égards. Je crois que pas mal de gens ont vu ce qui se passait et à quel point c'était déplacé, notamment une fois des gens du club lui ont demandé d'un air un peu désapprobateur : "C'est ta petite soeur?" Néanmoins, je crois que personne n'a réalisé que je n'avais que 13 ans. Heureusement pour moi, je ne le trouvais vraiment pas attirant physiquement (A l'époque, je  commençais à être attirée par les hommes plus âgés) du coup je n'ai jamais cherché à répondre à ses avances. Il faut quand même dire que je ressentais une sorte de fierté de cette situation.

- A l'age de 13 ou 14 ans, là encore en quatrième, je suis tombée amoureuse d'un mec de 24-25 ans. Il était jeune professeur dans le lycée voisin. C'était un gros gros crush. J'essayais de le voir le plus possible, "par hasard", je tombais sur lui dans la rue, etc... Finalement nous sommes sortis ensemble quand j'avais 16 ans (donc lui 27). Il ne s'est rien passé de sexuel, mais je sais que j'aurais tout donné à l'époque. Rétrospectivement, ça me paraît super glauque. Je ne vois pas trop ce qu'on avait en commun et ce qu'il pouvait me trouver.

- A 17 ans, à la fin de mon année de 1ère, un prof stagiaire dans mon lycée (il avait 26 ans) a proposé un plan à trois à une copine et moi. Elle avait 15 ans et était en seconde. On a failli accepter on le trouvait trop beau, et on était assez "libérées sur le plan sexuel. 

- A 18 ans, je me suis fait lourdement draguer par un mec de 30 ans. Il ne me plaisais pas particulièrement, mais il était stylé, il organisait des soirées, donc j'imagine que j'étais flattée. Je suis allée chez lui, mais j'ai refusé de coucher avec lui (il ne voulais pas mettre de capote). J'ai fini par le sucer. Tout était légal, mais je me doute bien que tu vois le souci :D

- A 20 ans, un mec de 32 ans s'intéressait à moi. Il était charmant et me plaisait bien. je venais d'entamer une relation avec quelqu'un d'autre, donc il ne s'est rien passé avec lui. Rétrospectivement encore, je me demande quel était son problème. 32 ans et il venait me chercher à la sortie du lycée (j'étais en prépa).

Je pense que mes histoires sont tristement banales. Ces situations me paraissaient normales, j'en parlais avec des copines. Beaucoup de filles plus jeunes que moi se sont trouvées à coucher avec des mecs plus âgées. Le consentement semblait toujours aller de soi ou en tout cas n'était jamais questionné. En tout cas personne ne s'est jamais posé la question de savoir si ces filles avaient vraiment envie de faire ce qu'elles faisaient. Ce que je sais c'est que ce n'est qu'au lycée (vers 16-17 ans) qu'il m'a semblé que les relations sexuelles étaient vraiment désirées, recherchées, voire encouragées par les filles.



vendredi 7 février 2014

Prostitution : Rafles de putes, entre racisme et violences policières


En Décembre dernier, la nouvelle rapportée d'une rafle dirigée contre des personnes étrangères en situation irrégulières, majoritairement prostitué(e)s, a mobilisé l'attention de diverses communautés sur plusieurs réseaux sociaux. (Je précise bien "de diverses communautés" et non "l'attention en général", car il faut bien admettre qu'une fois sorti des sphères concernées, le sujet ne mobilise plus personne ou presque... Mais bref,j'y reviendrais plus tard.)
Le gros de la rafle en question s'est produit dans la nuit du Samedi 14 au Dimanche 15 Décembre 2013 sur Paris Dauphine -du moins pour ce qu'on en sait, il est possible que d'autres opérations du genre aient eu lieu ailleurs dans la Capitale cette nuit là- et elle a évidemment débouché sur des dizaines de gardes à vues accompagnées de leur habituel lot de tortures et d'humiliations.

Une violence habituelle et systémique...

Pour cette rafle là, """"coup de chance"""", une personne connectée, militante et ayant la maîtrise de la langue française a pu rapporter les faits, ce qui a permis leur relais. Relais qui a donc mobilisé pas mal de colère et d'indignation.
Des réactions qui, si je les salue, m'ont tout de même interrogée par certains aspects.
En fait, j'ai toujours cette sale impression qui me vient en arrière goût devant les soulèvements indignés qu'entraînent parfois ce genre d'événements. Cette impression que l'attention se mobilise surtout comme si et parce que les faits avaient un caractère irrégulier, comme si il était question de "dérapages" et de "débordements" ponctuels finalement.
Le problème, c'est que ce genre de faits n'ont rien d'exceptionnels : ils sont purement et simplement routiniers et systémiques. 
Ce Samedi soir là, la rafle a été importante en nombre, ce qui a appuyé son caractère "impressionnant". Mais elle n'a été qu'un maillon dans une chaîne d'opérations similaires, plus éparses sur le nombre de personnes touchées mais identiques dans les méthodes, déroulées tout au long de la semaine précédente dans diverses zones de Paris. Et cela recommencera rapidement. (Et évidemment, faut-il le préciser, les villes de province sont également largement touchées par ce type d'événements, à fréquence variable selon leurs tailles.)

Mais alors, pourquoi on en parle si peu?

Plusieurs raisons à cela :
_ La première des choses, c'est que ces rafles sont dirigées vers des personnes considérées comme nuisibles par une importante partie de l'opinion publique, et surtout, par l'idéologie dominante. En clair, ces faits sont jugés comme parfaitement légitimes, pour ne pas dire utiles (faudrait limite dire merci en fait) pour la société.
Il faut souligner que l'objet principal de ce genre d'opérations, c'est l'expulsion de personnes étrangères en situation irrégulière. Un but largement soutenu par un très vaste éventail politique et idéologique, et appuyé par le racisme et le nationalisme qui font partie des systèmes de domination qui régissent notre société.
Et pour cibler une forte proportion de personnes étrangères en situation irrégulière, quoi de mieux que de centrer ces rafles sur les putes? On sait qu'une très importante partie d'entre elles et eux sont étrangèr(e)s, très souvent sans papier(e)s -donc vulnérables- et fortement exposé(e)s du fait de leur travail...

_ Ensuite, on peut observer qu'un véritable travail de justification de ces rafles s'exerce au travers des rares explications données par les représentant(e)s de l'Etat à leur sujet. Il serait question de délivrer les esclaves sexuelles, ce serait la seule solution pour arrêter les proxénètes, ce serait une forme de lutte contre le trafic d'êtres humains, etc.
Un grand classique, somme toute : Sous couvert de A, on fait avaler la grosse couleuvre B.
On pourrait éventuellement entendre et croire ces explications si elles résonnaient de façon cohérente avec les résultats sur le terrain, le contexte politico-social, etc. Mais ce n'est justement pas le cas.
Si faire des rafles de putes s'inscrivait réellement dans une démarche de libération des esclaves sexuelles et de lutte contre le trafic d'être humain (bien que ce soit franchement alambiqué, mais bref, admettons que ce soit possible), il y a une chose, rien qu'une seule chose, qui ne se déroulerait pas comme c'est le cas actuellement : Les victimes raflées ne seraient pas traitées comme si elles étaient coupables...
Et évidemment, en plus de cela, diverses dispositions seraient prises et mises en oeuvre en terme de prévention (que ce soit au niveau national ou international), de protection des victimes et de leurs proches, et autres... (Ha pardon, c'est vrai, l'allocation de 300 balles versée pendant 6 mois pour les victimes de proxénétisme en ferait partie, au temps pour moi, je croyais que c'était une boutade mais en fait non.)

_ Enfin, d'autres éléments beaucoup plus triviaux entrent en jeu dans le silence qui entoure ce genre de faits. Les personnes principalement concernées par ceux ci sont très souvent étrangèr(e)s, et très souvent aussi en situation irrégulière. Beaucoup ne maîtrisent pas forcément bien la langue française, et surtout, la plupart ne savent tout simplement pas non seulement comment relayer les faits (par quel canal? Qui contacter? etc.), mais surtout, ne pensent même pas avoir la légitimité pour pouvoir alerter et parler à leur sujet. Une conséquence classique de la marginalité...
Et puis surtout, pour la majorité des personnes raflées en situation irrégulière, la suite de la garde à vue, c'est centre de rétention et expulsion...
Finalement, ce sont souvent des travailleu(r)ses du sexe militant(e)s et syndiqué(e)s au STRASS qui arrivent à se faire relais de ces événements, en qualité de témoins direct ou non. (La situation militante aidant beaucoup à reprendre un peu confiance en sa légitimité d'avoir des droits et d'être traité(e) comme un être humain, et pouvant résoudre des problèmes logistiques tels que la langue, les canaux de communication, etc.) Et là, comme si c'était pas déjà suffisamment rare, compliqué, difficile et dangereux de parler, faut encore se taper les doutes et les accusations de mensonges/complots/instrumentalisations/et blablabla des représentant(e)s/associations féministes prohibo-abolitionnistes et dominantes...

Donc en gros, on cumule : La population visée est marginalisée/exclue et ne possède que très peu de moyens pour être relayée/entendue, la pratique est justifiée par l'opinion/les institutions, une grande partie des personnes concernée est expulsée, les rares personnes qui peuvent alerter/relayer ce genre de faits se heurtent à l'indifférence/la méfiance/le rejet d'organisations qui devraient pourtant logiquement être des alliées.
C'est un combo parfait pour entretenir silence et indifférence.

Conditions de garde à vue, quand violences et tortures sont des méthodes de travail normales...

Faut il vraiment le dire (en fait, oui), les conditions de garde à vue des putes victimes de rafles policières sont tout simplement scandaleuses, comme les conditions de garde à vue en général de toutes façons.
C'est à base d'enfermement à dix dans des micros cellules dégueulasses, quasi jamais nettoyées, avec de la pisse, de la gerbe, de la merde et des crachats par terre, c'est toilettes communes dans cette même cellule bondée sans même un mini muret pour cacher un peu la vue, c'est moqueries des keufs qui passent devant les cellules, c'est privation de soins des personnes sous traitement médical pour les faire parler (surtout quand elles sont toxicomanes, ha oui, c'est là que c'est le meilleur! Personne ne va reprocher à ces braves policiers de ne pas donner leur drogue à des drogué(e)s pas vraiment malades...), c'est des arrestations où on vous colle au sol, dans la boue, et où une fois en cellule, on ne vous donne pas la possibilité de vous laver, c'est humiliations transphobes (Ho que c'est rigolo d'enfermer une femme trans avec des mecs cis et de se coller derrière la vitre de la porte pour regarder ce que ça fait, comme au cirque) racistes (avec classiques "dans quelques heures d'façon tu nous emmerderas plus ici HAHAHA!"), putophobes ("Bah alors, on se balade avec le magasin à l'air?" dit à une pute en mini jupe, par exemple...), vols des recettes en liquides, brutalités physiques et morales permanentes, etc etc etc. (Notez ici que je ne décris que l'aspect "ordinaire" des violences, mais évidemment, cela va parfois beaucoup, beaucoup plus loin...)

Je rappelle quand même que ça là, c'est le traitement qu'on réserve à des personnes qui sont possiblement en situation d'esclavage sexuel. Nan mais parce que. Je. J'ai. Je sais pas, ça me fait complètement débloquer en fait. J'veux dire, la France pond des rapports où elle parle de 80 à 90% d'esclavage sexuel (en se contredisant un peu plus loin, m'enfin bon...) et en même temps, elle valide cette façon de faire. Mais heu... enfin bref.
Ces mêmes personnes possiblement en situation d'esclavage sexuel qu'on expulsait tout simplement si elles avaient l'outrecuidance de ne pas balancer leur proxénète (celui là même qui avait certainement menacé de passer toute la famille à l'acide si jamais les esclaves devaient parler par exemple...) jusqu'à il y a encore quelques mois...

L'abrogation du délit de racolage, la solution magique au goût amer...

Lorsque les organisations féministes prohibo-abolitionnistes étaient en campagne pour la loi relative à la pénalisations des clients, elles ont souvent parlé "d'inversion de la charge pénale".
L'abolition du délit de racolage (réclamée depuis près de trente ans et qu'il a été question d'accepter uniquement dans l'optique de la mise en place d'une loi relative à la pénalisation des clients, donc. Un échange de mauvais procédés finalement...) aurait selon elles permit et suffit à faire cesser les harcèlements et violences policières. Par ailleurs, les clients pénalisables représentaient une forme de pouvoir nouvellement applicable entre les mains des prostitué(e)s. (Un pouvoir nécessitant de passer par l'intérim de la police pour être utilisé, cette même police qui met un point d'honneur à harceler/violer/voler/violenter/insulter/humilier/enfermer/expulser/etc les putes depuis des décénies, mais bref, n'allez surtout pas dire que vous ne trouvez pas ça crédible sous peine de vous faire directement traiter de proxénète...)
C'était un bien beau discours, mais qui n'était hélas pas transposable sur le terrain. (Quand on voit la distance qui existe entre les idées/mesures prohibo-abolitionnistes et le terrain, on se dit que heureusement que ce n'est pas un courant spécialisé dans la prostitution, parce que sinon ce... #HoWait!)
Car ce discours omettait que l'objectif premier de ces rafles n'était aucunement de "lutter contre le trafic d'êtres humains", mais bel et bien d'arrêter et d'expulser des personnes étrangères en situation irrégulière.
A ce titre, le délit de racolage public et passif facilitait la vie de la police, il est vrai. Y'avait pas de détail à faire, boum, ils prenaient tout le monde et puis vaille que vaille une fois au poste.
A présent, peut être se montreront ils plus pointilleux, peut être feront ils attention à ne bien embarquer que des personnes étrangères sans papier(e)s, quoi que bon, même ça ça reste à voir, mais en tous cas, ils continueront toujours de faire des rafles. Tout simplement parce qu'ils poursuivent toujours le même objectif, avec les mêmes méthodes de travail.
Sans oublier que les municipalités peuvent toujours sortir des arrêtés de leur chapeau pour réhabiliter le délit de racolage public/passif chez elles. Juste au cas où ça deviendrait trop pénible pour la police de faire dans le détail, ou histoire de pouvoir continuer à faire juste exactement comme avant. (Quand on peut emmerder/harceler/terroriser/violenter absolument toutes les putes, et pas seulement les étrangèr(e)s, c'est quand même plus sympa!) C'est un des ces "petits détails" sur lesquels je reviendrais plus longuement dans les prochains jours...

Un relais, faute de mieux...

Enfin bref, je n'ai rien de plus élaboré à proposer sur ce sujet. Au fond, ce n'est pas vraiment à moi d'en parler, dans la mesure où je ne suis pas concernée directement. Je ne travaille pas en rue, je suis blanche et française. Je ne peux ici que raconter ce que j'entends et ce que je lis par des personnes en prise directe avec le sujet pour la plupart. (ou témoin de situations problématiques/graves)
J'aimerais mieux que les personnes visées par toutes ces problématiques et ces pratiques puissent avoir les moyens de revendiquer, de raconter elles mêmes, et qu'elles aient une chance d'être entendues. Et par "entendues" je veux dire, pas seulement qu'on les écoute en hochant la tête d'un air désolé, mais que leurs propos engendrent des choses, des réactions, des solutions, etc.
Mais bon, j'aimerais bien aussi pouvoir vider toutes les calories du chocolat. Y'a plein de trucs que j'aimerais bien en fait, mais je sais que c'est pas franchement possible là comme ça, en claquant des doigts.
Cela dit, il m'arrive d'avoir un certain nombre de lecteurs, et le sujet me semble vraiment important à être un minimum mis en perspective, rappelé et relayé régulièrement, au moins jusqu'à ce que de véritables moyens soient à disposition des acteurs/ices premièrement concerné(e)s...
Une occasion par ailleurs de remettre en perspective diverses problématiques, telles que la domination Nord/Sud, les violences policières, les violences aux frontières, les violences en centres de rétention, les conditions de garde à vue, les monopoles et confiscations de richesses, les systèmes de dominations racistes/sexistes, la putophbie, la transphobie, la toxicophobie, l'homophobie, et d'autres encore...
Des problématiques qui sont autant de causes et d'effets sur lesquels il devient tous les jours plus urgent d'agir.
Oui je sais, j'ai tendance à me répéter à force. Croyez bien que j'en suis la première blasée...

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dimanche 1 décembre 2013

Prostitution : Vous n'êtes pas mes alliés


Hier matin, je suis tombée sur un article qui réunit à lui seul toute la problématique des "faux alliés". Son propos se veut à la fois anti-abolitionnisme, putes friendly et anti pénalisation des clients. Théoriquement, je devrais donc adhérer à celui ci en grande partie, puisque je suis moi même pute opposée à la pénalisation des clients et anti-abolitionnisme.
Mais en fait, non.
Pour tout dire, j'ai plutôt passé ma lecture à osciller entre gros (mais gros, gros quoi) facepalm et nausées, pour finalement terminer à peu près dans cet état :
Ho puis merde!///source égalitariste tumblr

Pour commencer, l'article est titré "Proud to be a PUTE" pour ensuite s'ouvrir sur un paragraphe à la première personne :

"Mais qui sont ces contempteurs du corps pour juger de ma liberté d’user du mien comme je le souhaite ? Et qui sont-ils pour juger l’homme qui achète mes services sexuels quand j’y consens ?"

Seulement, léger cheveu dans le potage, l'auteure de cette saillie n'est vraisemblablement pas prostituée. Alors bon, c'est pas grave, on peut causer de la pross sans être soi même pross. Par contre, s'approprier le stigma des pross et délibérer sur sa façon de le vivre alors qu'on ne le vit pas, c'est vraiment très très limite.
Très très limite genre l'auteure aurait aussi bien pu nous la jouer "nous sommes tou(te)s des putes!" (ce qui n'est pas sans rappeler le facepalmique "nous sommes toutes Taubira" ou le "nous sommes toutes des guenons" de ces derniers temps, et ses nombreuses déclinaisons, genre "nous sommes tous Syriens", "nous sommes tous trans", etc etc etc.) que c'était pareil...

L'introduction du texte s'ouvre quant à elle sur une empilade de poncifs à propos de la "police des moeurs" qui serait trop anti-sexe et trop reloue :

"La prostitution est un vice. La société morale, ou plus exactement la police des mœurs a décrété que la sexualité tarifée devait être abolie comme on abolit l’esclavage ou la peine de mort."

Alors autant quand les abolos et leurs divers branches taxent les pro décriminalisation du travail du sexe d'être des "sidacrates pro-prostitueurs pro proxénètes pro esclavage sexuel papatriarkas" (et j'en passe sinon on y sera encore dans six heures), ça me navre à un niveau plutôt aigüe, autant quand les réglementaristes et pro décrim' taxent les abolitionnistes d'être des "policiers des moeurs anti sexe à la morale judéo-chrétienne extrémiste" (et j'en passe sinon on y sera encore dans six heures), et ben ça me navre tout pareil à un niveau plutôt aigüe aussi.
*****
Ensuite, l'auteure nous annonce qu'elle souhaite passer en revue les arguments et procédés qu'elle trouve ineptes dans le débat qui se tient actuellement au sein des médias. Elle commence donc par un paragraphe sur les féministes abolitionnistes qu'elle qualifie de "machistes". Bon, personnellement je ne l'aurais pas dit comme ça, car cela me semble franchement erroné par certains aspects, mais admettons, après tout c'est aussi assez vrai par certains autres.
Puis, elle enchaîne sur une partie dont le but est de poser ses opinions sur la prostitution.
Et voici donc comment elle introduit son paragraphe :

"Les putes sont des infirmières des corps et des âmes. Elles attendrissent les douleurs, ou bousculent l’ennui ; elles épanouissent les fantasmes et libèrent les frustrations."

Oh mais qui c'est que voila là ? Le mythe de la pute au grand coeur ! Ho ben tiens, ça m'avait pas manqué...

Halala, les putes, ces réceptacles à foutre d'utilité public qui soulagent les pulsions des mecs cinglés, réduisent les viols de nos femmes biens, et mettent du baume au coeur des pauvres zhoms trop tristes de ne pas pouvoir réaliser leurs fantasmes et/ou raconter leurs soucis intimes à quelqu'un... (et surtout pas à cette rombière de bobonne, quand bobonne il y a...) Et en plus, elles font ça avec amour et dévotion, avec altruisme même ! Bravo mesdames et bravo messieurs pour votre humanité et votre courage!
=> Comme un sentiment de déjà vu? C'est normal, ceci est une synthèse de commentaire lu 48 fois sur divers sites d'infos ces trois derniers jours.

Ha d'ailleurs, à propos de commentaire et de mythe de la pute au grand coeur, ça me rappelle ce type outré dans les commentaires du Monde qui avait linké cet article dans lequel je raconte comment je travaille... Je vous laissez apprécier ce qu'il en a dit :D
(Note : C'est même pas vrai pour le "40/50 ans", mon truc c'est plutôt 30/45, ben oui hein, tant qu'à être une grosse méchante connasse sélective, autant faire le fine bouche jusqu'au bout!)

Hanlala, la méchante pute qui profite de la misère des autres putes en ayant l'outrecuidance d'avoir des critères de sélection! Elle n'a même pas à coeur d'être gentille et de remonter le moral de ses pauvres clients esseulés, nan mais franchement, bravo hein, c'est beau de profiter de plus misérable que soi et de laisser les clients de merde aux autres, elle pourrait prendre sur elle la salope! Et en plus on dirait limite qu'elle ne pense qu'à l'argent! C'est dingue! A ce rythme là on va finir par penser que les putes travaillent parce qu'elles ont besoin d'argent et pas parce que ça les fait kiffer et qu'elles ont une libido débordante! Même pas le souci de soulager la misère sexuelle, c'est tout bonnement scandaleux, voila tout!

Sinon, juste comme ça au passage hein, la prostitution, c'est aussi quantité de SSPT, de dépressions, de troubles dissociatifs, de stress, de crises de vaginisme, d'irritations anales/vaginales, j'en passes et des mille... Drôle de position que de glorifier cette activité parce qu'elle soignerait les corps et les âmes des clients (décidément, quelle empathie et quelle complaisance à leur encontre, c'est dingue comme la terre entière semble dévouée à comprendre ces pauvres chérubins, mais pas de là à aller au charbon non plus hein, ho bah non...) en évacuant totalement ce qu'elle peut faire souffrir aux travailleu(r)ses concerné(e)s.*
******
Vient ensuite un passage des plus WTF au sujet de la prostitution masculine :

"Elles ne sont pas forcément des femmes. Plus l’égalité femmes / hommes avance, plus la société progresse, et plus les hommes eux aussi se libèrent dans ce domaine.
Les femmes dépassent les stéréotypes machistes de la société patriarcale en faisant elles aussi appel à la sexualité tarifée avec des hommes.
L’idée que le corps de l’homme puisse être l’objet d’un désir et d’un plaisir sexuel est finalement assez neuve, qu’une femme puisse avoir envie d’une relation sexuelle avec un homme qui n’est pas à l’origine de ce désir est presque inconvenant"


Honnêtement, je dois avouer que je reste franchement pantoise devant ce genre de propos.
Déjà, "plus l'égalité homme/femme avance", MOUHAHA. (pardon)
Mais alors "plus la société progresse, plus les hommes se libèrent dans ce domaine", là vraiment je... D'une part, le propos semble laisser entendre que la prostitution masculine date d'hier, que c'est un phénomène assez nouveau, alors que non. D'une autre, le coup d'associer une éventuelle augmentation de la prostitution masculine avec un progrès certain de la société, je... j'ai... J'ai pas de mots en fait.
Ouais youpi tralala, les systèmes de supports sociaux sont de plus en plus maigres, l'Etat se désengage de plus en plus, les richesses continuent d'être largement monopolisées par une bande de connards, le travail traditionnel prend de plus en plus des airs de torture, et du coup y'a de plus en plus de mecs qui entrent en pross, ENFIN ON PROGRESSE et ça se traduit par des effets bien concrets! Quelle réjouissance!
Très sepetique également devant l'association de cette augmentation supposée (providentielle) de la pross masculine et de l'augmentation supposée (toute aussi providentielle) de la clientèle féminine. Hétérosexisme, es tu là?
Enfin et surtout, j'ai envie de dire : Sources?
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Un peu plus loin, l'auteure développe l'épineux sujet des féministes abolitionnistes en ces termes :

"Des féministes machistes gauchistes qui luttent pour ne pas jouir, parce que le corps, parce que l’argent."

Ha, les méchantes féministes abolitionnistes anti-sexe qui luttent pour qu'on ne puisse pas jouir! Enfin "on", les clients quoi...

...Pour arriver à un morceau d'anthologie :

"Jouir librement est nécessaire. Nous vivons dans une société triste et dépressive, qui vacille sur ses fondements, qui est à la recherche de ses valeurs, mais qui ne saurait définir sereinement son identité. Au milieu de ce brouhaha, des individus se perdent, entre précarité et ambition, carrière et échecs, romantisme et manipulation, égoïsme et militantisme, transcendances et illusions."

=> Donc là j'avoue, je dois être un peu teubée, mais j'ai pas compris l'histoire. De qui ça parle, de QUOI ça parle en fait, dans quel but, je... je ne sais, je ne comprends pas.
Quoiqu'il en soit, il serait bon de rappeler que la société "triste et dépressive" qui "vacille sur ses fondements" et les individus qui se perdent entre précarité, illusions et compagnie, ça se range plutôt du coté des causes de la prostitution*, qui n'est elle, qu'un effet. A ce titre, il est totalement absurde de la considérer comme pertinente pour solutionner ces causes, et pourtant, c'est ce qui arrive dans la suite...

" Les individus ont besoin de se faire du bien, d’adoucir la folie des hommes et l’absence de sens de la vie par quelques plaisirs salvateurs. Et quoi de plus doux et de plus fort que de jouir ?
Le sexe est un vecteur de plaisir efficace, et puissant ; nous ne pouvons priver le monde de ses bienfaits sous le joug d’une morale réactionnaire, qui refuse d’échanger un moment sexuel contre de l’argent. C’est pour l’égalité que je veux des putes libres pour tous !"

 Haaaaa, une hyper glorification du sexe, ça faisait longtemps! (en fait non...)
Une question me taraude quand je lis "Nous ne pouvons priver le monde [des] bienfaits [du sexe] " => De QUI parle t-on? Des putes? Les putes, ces hypersexuelles à la libido débordante qui ont à coeur de soulager la misère sexuelle du monde et qui profiteraient des bienfaits du sexe en travaillant*? Non, je n'oserais croire que... non, quand même...
Mais alors il est questions des clients c'est ça? Ha bah oui, bien sûr! Les pauvres clients qui sont trop tristesse quand ils ne peuvent pas s'offrir les bienfaits d'une bonne partie de sexe! Heureusement qu'il y a des putes altruistes pour soulager tout ça! Nous ne pourrions quand même pas priver ce beau monde, composé à 98% d'hommes (sources rapport Geoffroy, prévoir une légère marge) n'est ce pas, des bienfaits du sexe! Qui serions nous pour faire une chose si cruelle?
Ha bah oui, je sais : Des moralisateurs réacs. Evidemment.
Moi ce que je trouve super réac, c'est de glorifier le cul comme LE plaisir absolu, surtout quand je vois combien il est AUSSI synonyme de traumatismes et de souffrances chez les gens, les femmes plus particulièrement. Le plaisir et le cul, ça ne tombe pas forcément du ciel, pour beaucoup, c'est quelque chose qui s'apprend, qui s'apprivoise, qui se cherche. C'est loin d'être forcément super évident.
Et ce que je trouve encore plus réac, c'est cette façon de considérer le cul comme un truc à peine plus engageant -à titre personnel- qu'une poignée de main.  Insister sur le consentement et son temps, l'assurance de sa validité, perso, je trouve ça plutôt progressiste, m'enfin...
Pas plus tard qu'hier je lisais une saloperie sur un de ces sites ultra fréquentés, un truc titré "les 20 excuses des femmes pour ne pas faire l'amour", parce que juste "je ne veux pas" c'est inaudible, inimaginable, et que forcément quand on dit non, c'est pour faire chier. Ben oui, on ne saurait priver les gens (enfin en particulier les hommes, car ces sites sont hétérocentrés à fond) des bienfaits du sexe comme ça, juste parce qu'on n'a pas envie, il nous faut une excuse pour faillir à notre devoir, excuses qu'en plus, on ne considère jamais comme valables...

Et alors que dire de cette revendication finale, "des putes libre pour tous!'. Des putes libres pour elles mêmes déjà, ça vous écorcherait? C'est pas assez porteur?
******
Arrive donc le moment où l'auteure-pas-pute nous explique l'origine fondamentale de ce qui pose problème pour de vrai avec la prostitution.
Pour commencer, elle ose une position très originale, qui pourrait se résumer par : "Les méchants réseaux de loin là bas c'est mal, et les prostitué(e)s forcé(e)s, il faut les aider"
Bravo d'en parler, votre cookie spécial dénonciation de la méchanceté des méchants réseaux vous sera attribué à la sortie!

Ca c'est fait, hop, on peut donc maintenant passer à la suite :

"La prostitution souffre bien plus du jugement que la société pseudo-progressiste a d’elle, que de la nature même de cette pratique."

Alors là, non. Juste non, non, et puis re non.
Clairement, la putophobie est une chose très problématique. Et il y a des putes pour qui c'est effectivement le principal vecteur de souffrances/malaise. 
Mais moi, cette version qui évacue totalement la particularité sexuelle de la prostitution,(hou la méchante moraliste que je suis!) elle m'oppresse, elle m'insulte, elle me fait me sentir coupable d'avoir envie de dégueuler quand je repense à mes passes.
Surtout quand elle tombe comme l'affirmation préremptoire d'une meuf qui n'a jamais eu à se taper une queue dont elle n'avait pas envie dans sa gorge, sur sa gueule ou dans sa chatte pour pouvoir manger, payer son loyer, se soigner ou pouvoir tenir debout.
On va me trasher et m'accuser d'exercer une violence épouvantable (de toutes façons c'est simple, je me fais trasher par des abos parce que je suis une sidacrate pro esclavage sexuel, et je vais sûrement me faire trasher par des réglos et des pro décrim' parce qu' en soulignant le biais du consentement des putes* je laisse entendre que les putes sont inviolables... #facepalm), mais céder n'est pas consentir, et en l'occurrence, des putes qui cèdent leurs rapports sexuels plutôt que d'y consentir, il y en a un paquet*.
Et je parle bien de prostitué(e)s là, pas d'esclaves sexuelles.

Et ça continue avec...

"Mais quelle est la différence fondamentale entre un ouvrier qui use de ses bras pour actionner une machine et une prostituée qui use de sa bouche pour faire une fellation ?
Quelle différence si ce n’est le jugement moral de l’activité sexuelle ?"


Ben hé, ouais c'est vrai hein, quelle différence? Mais qu'ils sont cons ces prolos à se casser le cul à l'usine pour un SMIC en 35h/semaines alors qu'ils pourraient se faire la même chose en quatre fois moins de temps si ils tapinaient!
Grumpf.
Alors la différence fondamentale en fait, c'est que la prostitution engage une particularité sexuelle. Et le sexe, c'est quelque chose de légèrement plus engageant* que, par exemple, une poignée de main, du moins en général. Il y a des gens, et donc des putes, pour lesquels c'est du même acabit. Dans ce cas là ça roule pour eux pour ce qui est de cette problématique, c'est cool. Mais il y a aussi des gens, beaucoup, et donc des putes, beaucoup, pour lesquels le sexe engage un peu plus que des tâches non sexuelles.
Ce n'est pas une question de "jugement moral de l'activité sexuelle", c'est un fait. C'est d'ailleurs ce même fait qui conditionne la possibilité de déposer une plainte pour agression sexuelle si quelqu'un vous colle une main au cul sans consentement. (Chose qui n'est donc pas envisageable si on vous touche plutôt le bras) C'est ce même fait qui donne un caractère particulier à l'agression qu'est le viol, ce qui permet par exemple de reconnaître et de prévenir divers symptômes post traumatiques à celles et ceux qui en sont victimes. (J'aurais bien dit un truc sur la loi et le fait que la particularité sexuelle de l'agression qu'est le viol permettait diverses choses concernant la prise en charge des victimes, mais bon, compte tenu des réalités des terrains, je vais m'abstenir hein...)
Enfin j'aimerais ajouter une chose : ce n'est pas parce qu' en théorie, vous estimez que vous pourriez vous prostituer les doigts dans le nez (car vous aimez le sexe et tout le tralala) que cela se révélera vrai en pratique. Beaucoup le revendiquent, très peu passent à l'acte. Pourquoi? Parce qu'au dernier moment, ça fout la trouille, et qu'on le sent plus trop. Gardez à l'esprit que si vous pouvez renoncer à ce moment là, tout le monde n'a pas cette chance. Or, beaucoup des putes actives* ressentent l'angoisse aussi quand arrive le moment M. Nous n'avons pas un "truc" magique qui nous permet de foncer, confiant(e)s*. On fait avec, aussi inconfortable cela puisse être, point barre.
Tant que vous n'aurez pas eu à dealer avec ça, et tant que vous n'aurez pas eu à dealer avec la sensation, l'odeur, les gestes et les sécrétions d'un partenaire qui ne vous fait pas envie le moins du monde dans et sur vous, ne venez pas expliquer ce qui est vraiment problématique ou non au sein de la prostitution.
Et si jamais vous arrivez à ce stade, souvenez vous que d'une part, nous n'avons pas tous et toutes la même "valeur" sur le marché aux putes, nous n'avons pas tous et toutes le privilège de pouvoir être aussi sélectif qu'on le voudrait, et nous n'avons pas tous et toutes les mêmes contraintes financières qui pèsent sur nous. Ainsi, essayer une fois "pour s'amuser" ou "pour voir" est encore différent de "dépendre de la prostitution pour se nourrir et se loger".
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Bref. A ce moment là, on pourrait penser qu'on a touché le fond, mais non, ho non, c'était sans compter sur le retour de la vengeance d'un autre de ces bons vieux poncifs :

"La prostituée libre a le pouvoir, et domine en réalité."

TADAM! La prostituée, lorsqu'elle est libre, domine. Ou comment les rhétoriques maître-esclave deviennent championnes du monde pour faire oublier qui sont les dominants et qui sont les dominés.
Alors oui, c'est le ou la prostitué(e) qui définit les conditions de la "rencontre". A ce titre, on peut à la grande limite admettre qu'il ou elle domine durant la négociation. Cela dit, notons que ça n'est valable que pour les plus """privilégié(e)s""" d'entre eux/elles".
Dans la négociation entre en ligne de comptes divers facteurs, le premier étant bien sûr l'urgence économique, suivi donc de près par l'état du marché. S'y ajoute les "arguments" que l'on a à proposer, c'est à dire les avantages physiques validés sexuellement par la majorité et les pratiques proposées. Moins on a "d'arguments", plus la négociation est rude, forcément. Et à ce petit jeu, il arrive très vite que l'on soit obligé de céder, que ce soit sur le prix, les conditions de rencontre ou les pratiques. C'est en fait l'urgence économique qui déterminera les limites qu'on est prêt à dépasser ou non. La boucle est bouclée.
Parce que finalement, au sein de la prostitution comme ailleurs, "le client est roi", ou du moins le considère t-il.
Venons en donc au moment de la passe à proprement parler. C'est un moment durant lequel il est indispensable de conserver une vigilance accrue envers tout un tas de choses : la surveillance de l'argent (le compter,le cacher,le surveiller, avec pics de moments critiques que sont les moments de payer et les moments de s'en aller), la surveillance du client (ne tente t-il pas un coup de Trafalgar avec les capotes? Montre t-il des signes d'agitation,d'agressivité? Se montre t-il fort insistant pour négocier des prestations qui n'étaient pas prévues à la base? etc.), la surveillance des biens personnels,etc.
Et puis bref, de toutes façons, on ne peut une fois encore pas évacuer la particularité sexuelle de la prostitution en un claquement de doigts. Se prostituer implique de coucher avec une personne, et rien ne peut assurer que cette dite personne va se tenir bien sagement aux termes du contrat passé lors de la négociation. A ce titre, les risques encourus par le ou la prostitué(e) sont particulièrement violents : il s'agit de viols et d'agressions sexuelles. Et ça peut arriver aussi facilement que rapidement.
Je prends mon cas par exemple : Je ne propose pas l'anal, je le répète à peu près 18 fois en gras quand j'annonce, je verrouille 35 fois la chose lors de mes échanges préalables avec les clients, les termes sont donc très claires. Et pourtant, régulièrement, des clients se sont permis de me fourrer leur(s) doigt(s) dans le cul. Comme ça en passant, quelques secondes, une ptit coup, puis un autre. Et de me sortir des conneries du genre "désolé mais t'as un cul d'enfer c'est trop tentant!". Et ça, ce n'est un petit exemple """"banal"""" et """"gentillet"""" pour illustrer ce que je dis. Des petits coups de canif dans le contrat qu'on laisse plus ou moins couler. Parce que quand ça fait déjà trois quart d'heure qu'on se fait pénétrer par un type dont on n'a pas envie, dire stop, le renvoyer dans ses buissons et lui rendre tout ou une partie de son blé, ce n'est pas concevable. Pour en arriver là, il faut vraiment que ça aille...loin. (Et là, je me rends compte que je considère une certaine forme de viol, puisque des doigts dans le cul sans consentement s'y apparente, comme un ""dérapage"" de l'ordre du passable dans le cadre de mon boulot... et je sais que je ne suis pas toute seule à être dans ce cas...)

Alors bon, que ce soit les putes qui posent leurs conditions, c'est une chose. Que ça les mette en position dominante pendant leurs passes et au sein des transactions qui les concerne, ça en est une autre. Et en l'occurrence, c'est surtout une distorsion de la réalité. Rien que l'état d'hyper vigilance (qu'on ne ressent pas forcément comme tel pendant qu'on bosse, parce qu'avec le temps on apprend, on devient méthodique, comme dans n'importe quel travail, on développe des automatismes) qu'il est nécessaire d'entretenir par souci de sécurité démontre le contraire.
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Je continue ma lecture,et je tombe sur ça :

 "Une prostituée (qui n’est pas exploitée, par définition, si l’on veut se poser rationnellement la question de cette activité) est consentante, et exécute une prestation définie par un contrat.(...)Il n’y a pas de possession, pas d’exploitation."

Pas de possession, ok. Mais alors, pas d'exploitation, c'est franchement discutable.
Magie de la décontextualisation politique d'un phénomène social, on peut soudainement le décrire avec tout l'aplomb de la terre comme un problème vaguement individuel. Ici donc, l'exploitation au sein de la prostitution ne serait en fait que l'objet des prostitué(e)s esclavagisé(e)s. Et si par tous les hasards de la terre elle devait concerner des travailleu(r)ses du sexe non contraint(e)s par un/des tiers, ce serait j'imagine, la faute à pas de bol.

Petit rappel comme ça en passant.
En France et dans le Monde, la prostitution est majoritairement féminine, (Et ça reste toujours le cas malgré la glorieuse et progressiste augmentation de la prostitution masculine que l'auteure sortait de son chapeau tout à l'heure), et la clientèle se veut masculine dans son écrasante majorité (aux alentours de 98%. source du rapport Guy Geoffroy, à considérer avec une marge donc.)
En France, les femmes représentent 80% des salariés à temps partiel; 61% des salariés peu qualifiés et 78% des emplois non qualifiés. Sur 3,7 millions de travailleurs pauvres, 70% sont des femmes. Elles sont également les principales bénéficiaires des minimas sociaux (52% au RSA, 58% au minimum vieillesse et 98% à l'allocation parent isolé.)
La population globale agée de 18 à 25 ans se forment à 49% de femmes. Or, la part de femmes pauvres dans cette même tranche d'age flirte avec les 55%, pour un taux de pauvreté estimé à 23,7% : ces deux données sont énormes.
Dans le monde, les femmes accomplissent 66% du travail mondial, produisent 50% de la nourriture, mais ne touchent que 10% des revenus et 1% de la propriété.
(source et + encore : Haut conseil à l'égalité)
Parmi les cent plus grosses fortunes du monde, seules onze sont des femmes.
Dans ces circonstances, je crois qu'au contraire, si, on peut tout à fait parler d'exploitation. D'exploitation de la pauvreté et de la misère en l'occurrence. Une pauvreté et une misère qui sont des phénomènes systémiques.
Si ce n'est pas un hasard que la prostitution soit majoritairement féminine, ça en est encore moins un que la clientèle soit majoritairement masculine. Et non, ce n'est pas que de la méchante faute de la méchante morale judéo-chrétienne...
Evacuer ces faits sociaux d'un revers pour affirmer qu'il n'y a pas d'exploitation au sein de la prostitution hors esclavage sexuel, ça me fait frôler l'auto combustion de colère...

Et puis alors ce truc que je comprends pas, c'est pourquoi tout ce qui est valable pour le travail traditionnel devrait magiquement ne plus l'être à propos de la prostitution?
Tout le monde s'accorde à peu près sur le caractère d'exploitation et sur les airs de tortures morales et physiques que prennent le monde du travail au sein du capitalo-libéralisme.
Tout le monde s'accorde à peu près sur la misère de la plupart des artisans.
Tout le monde s'accorde à peu près sur l'ineptie de considérer le travail à travers le prisme du libre choix en plein capitalo-libéralisme.
Mais concernant la pross, patatrac boum, on ne sait pas trop pourquoi, on ne sait pas trop comment, tout ça, c'est terminé, envolé, youpi tralala. 
******
Venons en donc à ce dernier passage (il y a plein d'autres trucs qui me font tiquer à fond dans le texte, mais vous me connaissez, si je ne me limite pas je peux m'étaler sur un kilomètre sans la moindre gène, donc bon, j'essaye de me cadrer...) plutôt épineux :

"Le sexe n’est pas sacré (...) Définissez vos limites sexuelles, mais n’en faites pas une norme morale que tout un peuple devrait adopter pour la bienséance."

Cette référence constante à la morale et à la bienséance commence à tourner au grotesque, mais vraiment quoi.
Bon alors, le sexe n'est pas sacré, c'est vrai, c'est cool, pas de problèmes.
Par contre, qu'il ne faille pas définir la moindre normes morales sur la question, alors là vraiment, j'adhère pas, et c'est pas question de bienséance.
C'est question que définir des normes, par exemple, à propos du consentement et de l'aspect capital de son don, fait partie de nos outils de lutte les plus importants contre la culture du viol. 
C'est question d'avoir passé plus de dix ans de ma vie à être incapable de mettre des mots sur ce que j'avais vécu plus jeune, en l'occurrence des viols, de la torture, des actes pédocriminels. Entre autre parce que je me disais que c'était pas open minded de faire tout un plat pour ça.
C'est question qu'aujourd'hui encore, je continue de me demander si c'était pas de ma faute, et si c'est vraiment justifié que je me sente si mal par rapport à tout ça.
C'est question d'avoir entendu un tas de copines me raconter des viols et de ne pas être capable de les identifier, rapport que relativisme à l'infini.
C'est question que ça m'arrangerait vachement la vie que tout le monde se base sur la norme de s'assurer du consentement avant d'engager une relation sexuelle. Ca, ce serait vraiment libérateur.
C'est question que je ne veux plus jamais qu'un petit merdeux d'animateur de radio s'amuse à filmer des agressions sexuelles en appelant ça une "blague", avec le soutien d'un tas de gens qui ne voient pas le problème.
C'est question que j'ai pas envie qu'on m'impose la vue d'organes sexuels que je n'ai pas envie de voir, parce que ça me fout mal, parce que ça m'agresse.
C'est question que si je me prends une main au cul lors d'une soirée, je veux pouvoir rentrer chez moi sans avoir à me justifier des heures et sans m'entendre dire que "rho allez c'est bon quoi merde, il t'a pas violé tu vas pas te bousiller la soirée pour ça"!
C'est question que si je me prends une main au cul à une soirée, j'aimerais que ce soit une raison suffisante pour dégager le coupable manu militari.
etc.

Nous ne devons pas détruire les normes, mais nous devons les redéfinir pour les rendre inclusives.
Des normes basées sur le consentement, la communication et le sexe safe, mais aussi sur l'idée d'une infinité de pratiques, de désirs, de possibilités, de préférences, d'inclinaisons, qui ne posent aucun problèmes pourvu qu'elles respectent ces normes. C'est une idée moralisatrice et liberticide? Franchement, j'en sais rien, moi je n'en ai pas l'impression, mais après tout peut être... Quoiqu'il en soit, c'est selon moi une des pistes les plus importantes à creuser pour tendre vers une véritable libération sexuelle.
Celle qui inclut de communiquer en amont avec ses partenaires pour s'assurer d'être sur la même longueur. Celle qui inclut qu'en cas de doutes, ben simplement, on demande.
Celle qui inclut de pouvoir dire non, de ne pas subir, de ne pas avoir peur.
Celle qui inclut de pouvoir explorer, assumer, partager et proposer ses désirs sans craindre ni les stigmas, ni de provoquer un malaise, d'exercer une pression.

L'injonction à aimer le cul, à détruire les normes qui seraient intrinsèquement liberticides, cette façon de tourner n'importe quel propos qui dénote au milieu de ce joyeux discours libertarien en caricature de discours réaco-catho-facho, toutes ces conneries ont littéralement achevé de bousiller ma sexualité, alors en ce qui me concerne, je dis merci, mais non merci. 
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Ho, et juste, le bonux ++ pour la route :

"Mais en poussant ce raisonnement il faudrait abolir la pornographie également, puisque des personnes sont payées pour avoir des relations sexuelles probablement non désirées, de surcroît filmées et diffusées à un public particulièrement attentif.
J’aimerais bien voir la révolution citoyenne monstrueuse si on osait toucher au porno, honnêtement, ça ne serait pas les bonnets rouges, on risque plutôt l’insurrection."

Faut Suuuuuurtout pas toucher au porno, tendez, vous vous rendez compte, ça mettrait les gens très très en colère... enfin, surtout les hommes quoi.
Mais heu du coup c'est quoi l'histoire? On accepte de laisser des films très problématiques circuler sans rien dire, de laisser des acteurs et des actrices bosser dans des conditions qui n'en méritent même pas le nom et on ne valorise surtout pas le porno safe, féministe et queer afin d'éviter de déclencher une maxi révolution? (et qui sait, peut être même une explosion de testicules et de clitos tant la frustration sera terrible!)

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Je ne veux pas être félicitée pour mon "courage" ni glorifiée pour ma prétendue "humanité". Je n'ai pas un grand coeur, je me contrefous sévèrement des affres de la "misère sexuelle", les soulager ne me donne aucune sorte de fierté ni aucune sorte de honte. 

Je ne veux pas que des gens qui n'ont visiblement pas idée de ce que c'est d'avoir la peur au ventre de dormir dehors parlent de "liberté individuelle de se prostituer" pour me défendre.

J'ai besoin qu'on rappelle combien pour une immense majorité de personnes, la prostitution est une adaptation à l'oppression patriarcale, et qu'à ce titre, il n'est pas souhaitable que l'on normalise son recours. (=> cela ne signifie pas "entretenir le stigma", merci.) 
L'indifférence de l'Etat face à ces recours volontaires est une violence monumentale.  Et que, lors des rares fois où il sort un peu de son désintérêt, ses seules réponses soient répressives est tout bonnement scandaleux. Le tout avec l'appui de très nombreuses associations féministes, qui laissent entendre de cette façon, qu'on peut se contenter de ça.
Vous me mettez dans un rage que vous ne pouvez même pas imaginer.

Il est absolument nécessaire que nous luttions contre la putophobie, mais il est tout aussi capital que nous luttions contre ces portraits glamours et rose bonbons, toute cette mystification que l'on peut faire finalement, de la prostitution et des prostitué(e)s. 
Car sans cela, alors sur quelles bases justifier qu'il soit urgemment nécessaire de débloquer des fonds pour offrir aux prostitué(e)s qui le souhaitent une possibilité CREDIBLE de sortir de la prostitution à travers une allocation adaptée? Comment expliquer qu' une sortie de la prostitution devrait idéalement se coupler à une longue et véritable période de repos*, parce que le SSPT*, parce que la désorientation*, parce que la marginalité*...

A chaque fois que vous pondez une chronique axée sur "l'esclavage sexuel c'est méchant et il faut lutter contre, mais pour toutes les autres, laissez les, c'est leur liberté individuelle de se prostituer!", vous détourner les revendications, invisibilisez et silenciez énormément de travailleu(r)ses du sexe, en plus de tomber dans le même travers que l'abolitionnisme qui dépeint un tableau binaire en tout noir et tout blanc de le prostitution et de ses formes. 
Binarité aussi, du vol de la parole, là où certains nous décrivent victimes de facto, d'autres nous proclament libres et fières de facto aussi. 

Mon premier article relatif à la prostitution sur ce blog parlait justement de cette binarité qui sclérosait les débats.
Ces dernières semaines en ont été une démonstration fantastique.
Et pendant que des représentant(e)s ou militant(e)s de divers bords non concernés se tirent la couverture pour savoir qui sont les méchants et qui sont les gentils, ils ne parlent pas de précarité, ils ne parlent pas de misère, ils ne parlent pas de pauvreté, ils ne parlent pas des déterminants* qu'on retrouve dans la vie de beaucoup de putes, qui ne font pourtant que démontrer l'urgence de faire tomber le patriarcat et les systèmes de dominations. Ils ne parlent pas non plus exclusion, discrimination pour se loger,stigma à supporter, réalités des harcèlements policiers, de l'indifférence et de l'abandon de l'Etat, de le nécessité d'accéder à des services et des soins, etc etc...

L' anti-abolitionnisme ne doit pas se faire à tous prix.
Les 343 (enfin 13, heu non 12, ou 11, ho je sais plus, bref) connards l'ont très bien démontré.
Ce texte que j'ai commenté ci dessus, j'ai vu plusieurs membres du STRASS le relayer et l'approuver en le likant sur Facebook. J'espère sincèrement que c'est lié à la colère qui découle des événements actuels, qui peut donner envie de créditer n'importe quelle voix pourvu qu'elle s'oppose aux dominants et faire perdre en discernement. 
Mais quid de tous ceux qui se disent être "alliés des TDS" et qui ne voient strictement aucun problème à avoir relayer et créditer ce genre de prose? 

Moi, travailleuse du sexe qui ne proclame ni honte, ni fierté, qui suis entrée en prostitution par stratégie de contournement du travail traditionnel et comme palliatif à la précarité, qui n'ai pas le privilège de pouvoir revendiquer un "libre choix" par "amour du sexe", qui supporte le stigma putophobe et les conséquences des lois répressives, qui n'ai pas cette disposition qui lui permet de supporter des rapports sexuels non désirés sans en être un minimum marquée et blessée, qui brûle donc de colère quand elle vous entend affirmer que c'est tout à fait comparable de passer des produits devant une caisse ou de se taper une queue, qui ne cracherais pas le moins du monde sur une aide adaptée (donc financière, oui, je lâche le fait) concrète, non intrusive et crédible, je vous le dis sans détour : Vous n'êtes pas mes allié(e)s.

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En bonus, l'illustration de l'article que j'ai commenté ci dessus :
Si quelqu'un voit le rapport entre les putes et une image de femme qui mange une banane, je veux bien qu'on m'explique... /// ça vous rappelle quelque chose? /// source

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* Pas tout le monde pareil blablabla y'en a qui à titre individuel blablabla y'a des exceptions blabla pas tous comme ça blabla ne méritent pas d'être invisibilisés pour autant bla. (ça fait lapidaire qui s'en fout, mais c'est franchement pas le cas, c'est juste que c'est sur lourd de devoir préciser à chaque fois)